;,8 AMBASSADES DE POLYBE.
le pouvoir de ceux qui prenoient en main la défense de l’autorité Ro-maine , & abaisser ceux qui osoient ne pas s’y soumettre. Ce fut alorsqu’on prit à Rome pour la première fois le funeste parti d’humilier &de décréditer ceux qui chacun dans fa patrie penfoient le mieux, &de combler de biens & d’honneurs ceux qui justement ou sans raisontenoient pour la puissance Romaine : parti qui peu de tems après mul-tiplia les flatteurs & diminua beaucoup le nombre des vrais amis de teRépublique. Au reste le Sénat ne se contenta pas, pour rétablir le§exilez, d’écrire aux Achéens, il écrivit encore aux Etoliens, aux Ep*'rotes, aux Athéniens, aux Béotiens, aux Acarnaniens, comme vou-lant soulever tous les peuples contre les Achéens: & dans la répondqu’il fit aux Députez , fans dire un seul mot des autres , il ne parteque de Callícrates, auquel il seroit à souhaiter,. dit-il, que tous le®Magistrats dans chaque ville ressemblassent. Avec cette réponse ce Dé-puté revint triomphant dans la Gréce, fans considérer qu’il étoit tecause des malheurs qui alloient fondre fur toute la Gréce, & en parti-culier fur l’Achaïe. Car jusqu'à lui on voioit du moins une certaineégalité entre les Achéens & les Romains. Ceux-ci souffraient que lesautres allaíïènt en quelque forte du pair avec eux, parce qu’ils avoientéprouvé leur fidélité dans des tems très difficiles, je veux dire pendantleurs guerres contre Philippe & contre Antiochus. Cette petite Liguecommençoit à íè distinguer, dans les tems dont nous parlons, elleavoir dé j a fait de grands progrès, lorsque la trahison de Callícrates vinttroubler les espérances qu’on avoir conçûes de ce bel établissement. Jedis trahison. Car tel est le caractère des Romains : nobles dans leurssentimens & portez naturellement aux belles aclìons , ils font touchetdes plaintes des malheureux, & sont charmez de soulager ceux qui ontrecours à leur protection. Mais si quelqu’un, de la fidélité duquel ibsont sûrs, les avertit des inconveniens où ils tomberaient en accordantcertaines grâces, ils reviennent bientôt à eux & réforment autant qu’ibpeuvent ce qu’ils ont fait. Callicrates allant à Rome n’étoit chargéde soutenir les droits des Achéens : puisque les Romains ne faisoientaucunes plaintes fur ce qui s’étoit passe à î’égard des Meíseniens, il nCdevoir pas parler de cette affaire. II revient ensuite dans l’Achaïe, ré-pandant par tout la terreur des Romains, racontant par tout, p oUseffraier, routes les circonstances de son Ambassade, & faisant peurpeuple, qui ne sçachant pas ce qu’il avoir dit dans le Sénat & lessens par lesquels il s’étoit laisse corrompre, le créa d’abord Préteur, yn’eut pas plutôt cette dignité qu’il rétablit dans leur patrie les e#-lez de Lacédémone & de Messéne.
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