354 AMBASSADES DE POLYBE.
soit presque disparoître tout ce qui se pouvoit reprocher aux habitansde Rhodes. S’il mettoit en parallèle les fautes de ceux-ci 6c des au-tres , c’étoit afin que celles des Rhodiens parussent petites, peu consi-dérables , dignes de pardon, 6c celles des autres grandes & impardon-nables : d’où il concluoit que les Romains aiant pardonné les derniè-res , ils ne pouvoient se défendre dé pardonner celles de la Républi-que Rhodienne. Or ce tour d’apologie ne convient point du tout aun homme emploié au maniement des affaires. On ne fait nul & sde ces hommes lâches, qui joints avec d’autres pour quelques pratiquésécrètes, se laissent intimider par des menaces, ou ébranler par les touf-mens jufqu’au point de déclarer leurs complices : mais on loue & 011estime ces hommes fermes, qui au milieu même des plus grands sup-plices refusent constamment d’entraîner dans leur malheur quelqu’ 1111de ceux avec qui ils étoient unis. Que doit-on donc penser d’un hoiv-me, qui fur la crainte d’un malheur incertain révélé à une Puissafl c . eles fautes d’autrui, 6c renouvelle le souvenir de choses que le tems avotffait oublier ? Au reste Philocrates, aussitôt après la réponse du Sénat»partit de Rome pour la porter à Rhodes, 6c Astyméde n’en íorti^point. II y resta pour y observer tout ce qui s’y pourroit dire ou f ai-re contre fa patrie.
La réponse du Sénat aiant dissipé à Rhodes la crainte qu’on y avoi £que les Romains ne prissent les armes contre la République, fit paraî-tre légers tous les autres maux qu’on y souffrait, quelque grands qu’ij 5fuísent. Cela est assez ordinaire, l’attente de grands maux amod lCtoujours le sentiment de ceux qui le sont moins. Sur le champ l’ otldécerna aux Romains une couronne de la valeur de dix mille pié# 5d’or, 6c l’on choisit pour la présenter l’Amiral Théodote,qui partit aUcommencement de l’été. On lui joignit une autre députation, dont I echef étoit Rhodophon, pour tenter en toute maniéré de faire alliasavec les Romains. Les Rhodiens ne voulurent pas faire mention &cette alliance dans le Decret, de peur que si cela ne plaifoit pas ^Romains, ils ne se repentissent de l’avoir ordonné. Ils laiífërent 3l’Amiral le foin de faire cette tentative, parce que les loix lui donn^le pouvoir de conclure ces fortes de Traitez.
II est bon de remarquer en paslànt que la politique des Rh od' íeí ] Sjufques-là avoit été de ne point faire alliance avec les Romains, q u °fque depuis près de cent quarante ans, ils eussent eu part aux plus t> r1 'lantes expéditions de cette République. La raison de cette conss 1 ’^mérite d’être rapportée. Comme ils étoient bien aises que toutes ^Puissances púísent aspirer à leur alliance , ils ne vouloient pas P ar 'tager leurs forces ni enchaîner leur liberté par des sermens & des ss raXtez. Restant libres 6c maîtres d’eux-mêmes, ils étoient en étatmettre à profit tout ce qui se présenterait d’avantageux.