ET DE VICES. 4*5
occasion de porter notre jugement sur Timée & sur toute son Hi-stoire , & en même tems de parler du devoir d’un Historien. Jecrois avoir montré que Timée 6c Aristote n’ont ete guidez que pardes conjectures , 6c cjue le sentiment de cclui-ci eft pins vraiíetn-bî able que celui de l’autre. Or pour être suivi, il suffit qu il soittel, car là-desìiis on ne peut rien découvrir de certainement vrai.
Mais accordons à Timée qu’il a le plus approche de la vérité. Celalui donnoit- il le droit de décrier, de déchirer, de condamner a mort,pour ainsi dire, ceux qui avoient été moins heureux que lui ? Non af-sûrément. Ce n’est qu’à l’égard des Historiens qui de dessein prémédi-té débitent des choses fausses qu’on doit être rigoureux 8c implaca-ble: mais ceux qui ne tombent dans ce défaut que parce qu’il s fontmal informez , doivent être plus ménagez. On releve polimentleurs fautes 8c on les leur pardonne. Sur ce principe, ou il faut prou-ver que ce qu’Aristote a dit des Locriens, il l’a dit ou pour faire plaisira quelqu’un , ou pour tirer quelque gratification , ou parce qu il avoitquelque démêlé avec eux : ou si l'on n’ofe avancer rien de tout cela con-tre Aristote , on doit convenir que les traits piquants que Timée alâchez contre lui marquent un homme peu attentif à ses devoirs. Carvoici le portrait qu’il en fait.
Aristote, si l’on en croit Timée, étoit un homme hardi, étourdi,téméraire , qui par une calomnie impudente a oie dire des Locriensqu’ils étoient une Colonie ramassée d’efclaves fugitifs 8c de gens cor-rompus , 8c qui avance cete faufleté avec tant d’assûrance, qu’il fem-bleroit, à l’entendre, que c’est un Général d’armée, 8c que e’est luiqui à la tête de ses troupes a défait depuis peu les Perses en bataille ran-gée aux portes de la Cilicie. On íçait cependant, continue Timée, quec’est un Sophiste ignorant, haï fiable, qui fur ses vieux jours, d’Apoti-quaire accrédité s’est avisé de s’ériger en Historien, qui pique toutesles tables, gourmand, entendu en cuisine, prêt à tout faire pour unhon morceau. A quel tribunal fouffriroit-on qu’un homme de la lie dupeuple vomît ces injures contre fa patrie? Ces excès ne paroîtroient-ilspas insupportables? Un Historien, qui fçait ses devoirs, non seule-ment ne salit pas le papier de ces sortes de groffiéretez, il n’ose pasmême les penser.
Mais examinons un peu de près le sentiment de Timée, 8c compa-r °ns les raisons fur lesquelles il fe fonde avec celles d’Aristote. Par-lanous serons en état de juger lequel des deux mérite la cenfur©. II aííu-re que, s ans z'arrêter à des vraisemblances, il a été lui-même en Gréceconiulter les Locriens fur l’origine de leur Colonie-, que d’abord ils luiont montré des Actes authentiques qui subsistent encore, 8c qui com-mençoient ainsi : Comme il convient aux pères à l’égard de leurs en-fans . q U ’ii avoic vû ensuite des Décréts publics , qui établissoknt
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