468 EXEMPLES DE VERTUS
L X X X.
Les 'Priéniens.
I L arriva pour îors à ce peuple un malheur étrange. Pendant qu’Ho-lophernes étoit maître de la Cappadoce, il avoit mis en dépôt àPriéne la somme de quatre cens talens. Dans la fuite quand Ariarathefut rétabli dans ceRoiaume, il demanda cet argent. Les Priéniens fedéfendirent de le lui donner, fur cette raison, qui me paroît juste^que tant qu’Holophernes seroit en vie, il ne leur étoit pas permis dcremettre un dépôt à d’autres qu’à celui qui le leur avoit confié. E steffet Ariarathe ne fut pas loué de bien des gens d’exiger un bien decette nature Lc qui ne lui appartenois pas. S’il se fût cependant con-tenté de le demander, & d’eílàier si fur fa demande on le lui accorde-roit, cela seroit peut-être excusable, au moins il eût pû dire que cetargent appartenois au Roiaume; mais il fit mal aíïûrément de s'irritetcontre la ville qui en étoit dépositaire, & de l’exiger avec violence-C’est néanmoins l’excès où il sc laifîà emporter. II envoia piller le ter-ritoire de Priéne, & Attalus pour quelque démêlé qu’il avoit eu aveccette ville, non seulement lui donna ce mauvais conseil, mais encorelui aida à l'exécuter. On égorgea pêle-mêle & hommes & bestiau*jufqu’aux portes de la ville. Les Priéniens, hors d’état de se défendre,députèrent d’abord à Rhodes & ensuite à Rome. Rien ne put fléchitAriarathe. Ainsi Priéne, loin de tirer d’une si grande sommel’avanta-ge qu’elle espérait, après l’avoir rendue à Holophernes, se vit encoreexposée à tous les coups qu’il plut à l’injuste vengeance d’Ariarathe de
lui porter. Ne peut-on pas dire après cela que ce Prince pouffë
la fureur plus loin qu’Antiphanes de Bergée, & qu’en cela nos derniersneveux ne verront personne qui l’égale ?
L X X X I.
trustas.
C E Roi de Bithynie, du côté du corps, n’avoit rien qui prévint est
fa faveur , il étoit plus avantagé du côté de l'esprit. Ce n’éto 1
par la taille qu’une moitié d’homme , & qu’une femme par le coeur
& le courage. Non seulement il étoit timide, mais mou, i nC f'
pablc