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Tome premier.
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LXVII
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DE LA COLONNE. Ixvij

tas que les Romains ies eussent imités à l’égard de leur milice ; s’ils ì’eusiènt sçû,Pyrrhus auroit-il pû l’ignorcr ? Ce grand Capitaine en étoit fi peu persuadé, qu’ilmarqua une extrême surprise lorsqu’il vit leur maniéré de camper,& sans doute cellede combattre ; il avoua qu’ils n etoient pas si barbares qu’il avoit cru. Les HistoriensGrecs qui ont écrit des guerres des Romains, nous font afìèz connoître que le Coinleur étoit inconnu; il ne letoit pas des peuples de l’Afie, ce quiparoît asièz dansmon Auteur. Ceux-ci le tenoient des Grecs, & des Capitaines fucceílèurs d’Alexan-dre le Grand. Homère ni Hérodote ne font aucune mention de cette maniéré decombattre ; si elle a été connue des Juifs, ce n’a été que fort tard. Xénophon dansfa Cyropédie ne fait aucune mention de cette évolution chez les Perses. Si le Coinn’est pas un triangle, mais seulement un corps fur beaucoup de profondeur & peu defront, comme je panche fort à le croire, les Grecs n’ont que faire de se donner lagloire de l’invention : les peuples de l’Asie, & particulièrement les Juifs, le connoif-foient avant eux. II se trouveroit encore dans Homère, qui le représente asièz bien.

Le rond d'hommes, où dévolution circulaire, qu’on attribue faussement aux Romains,étoit connue des Grecs longtems avant eux. Xénophon parle de cette évolution dansla retraite des dix mille, je ne l’approuve point, elle ne sert tout au plus que lorf-qu’on ne peut ni avancer ni reculer. A l’égard de la tortue d’hommes, les Juifs l’ontpratiquée longtems avant les Grecs & les Romains : l’Ecriture Sainte en fait mentionen plusieurs endroits, & cependant nous attribuons aux Romains tout ce que la scien-ce militaire a de plus fin & de plus profond. On verra dans le cours de cet ouvra-ge, que leurs découvertes en matière de guerre se réduisent h asièz peu de choses, &qu’en ce genre ils n’ont presque rien de recommandable que la gloire d’avoir perfec-tionné ce que les autres avoicnt pratiqué avant eux. Quoiqu’il en soit,je ne fins nulledifficulté d’accorder aux Grecs ce que je ne vois pas dans les autres, qui les ont pré-cédés, & dont les Histoires font plus anciennes: car du reste il m’importc peu defçavoir, si l’invention de l’ordre triangulaire est dûë aux uns plutôt qu’aux autres : s’ilest tel, il n’y a pas trop dequoi se récrier.

II ne me fcroit pas difficile de prouver par les Historiens de la première antiquité,que le ternie de Coin ou d ILmbolon a fait une très-grande illusion aux Auteurs tacti-ques qui ont écrit de la milice des Anciens, comme à nos Commentateurs modernesqui ont traité cette matière. Je m’étonne que Patritius y soit tombé comme les au-tres. Le Coin ne signifie pas toujours un triangle d’hommes, & peut-être ne l’est-ilpas; mais feulement un corps, ou plusieurs, rangés fur beaucoup de hauteur & peude front, & il paroît être tel dans mon Auteur comme dans Thucydide, Xénophon,Arrien ; Plutarque & maints autres avant, & chez les Latins une foule, parmi les-quels je mets César, Tite- Live & Tacite, je me borne k celui-ci : car on me don-neroit trop à courir s’il falloit citer les pasiages des Historiens dont je parle ; il mesuffit de dire que le terme de Cuneus ne signifie pas toujours une figure triangulaire,mais une cohorte. cohors.

Tacite, dans fa Germanie,dit que les Alkmansfe rangent en forme de coin; maison volt bien que par ce terme il entend une cohorte, parce qu’il l’oppose k Tttrma ,c’est-à-dire k l’escadron. D’Ablancourt ne s’y est pas mépris ; il a traduit ainsi, ksAlkmans combattent par bataillons Ci par escadrons ; mais cet homme célèbre ignoroicpeut-être que ce mot Cuneus signisioit plusieurs corps d’infanteric, rangés fur beau-coup plus de profondeur que la cohorte n’en avoit odinairement ; & lorsqu’on dou-bloit ou que l’on triploit les files, on se servoit du mot de Cuneus. A 1 égard desAllemans, on sçait seulement qu’ils combattoient en phalange coupée comme lesGaulois, c’est-à-dire avec de petits intervalles ou des retraites entre les corps, &

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