DE LA COLONNE. lxxj
Le Roi, qui remarqua un défaut fi esîèntiel,le corrigea à Lutzen, comme on le verradans la description de cette bataille. Car outre la simplicité qu’on demande dans uneévolution, il faut que non seulement elle agisse indépendamment des corps qui fontalignés avec elle, mais quelle soit encore d’une figure capable de faire & de soutenirun grand effort, glisser & s’écouler facilement par l’ouverture qu’elle s’est faite dansles corps ennemis, & que les armes, qui fe font ouvert un paílàge, soient suiviesd’autres semblables, & de feux entremêlés avec elles. II faut encore qu’une évolutionsoit capable de fe mouvoir & d’agir de tous - les sens, par conversion de la droite àla gauche, & de la gauche à la droite, & marcher de front comme par les côtés,
& tout cela ne fe rencontroit pas dans son efpéce de Coin , à cause des inégalités 'decette figure: ce qui dût lui paraître un très-grand défaut; enfin il faut qu’on aitbien moins d’égard aux différons feux qu’on en peut tirer, qu’à la violence de sonchoc. Cette force & cette impétuosité ne gît pas dans l’étendue d’un bon frontd’hommes: car cette étendue est un obstacle à la vitesse de son mouvement, mais àìa profondeur de ses files, qui doivent être égales à la tête & à la queue ; ce qui nese trouve pas dans le Coin imaginaire d’Elien, & dans la Tête de Porc , auífi chimé-rique que l’autre; c’est-à-dire qu’une évolution ne peut être bonne si la hauteur n’csttriple à son front, n’y aiant rien de plus dangereux que le flottement d’un corps soitd’infanterie, soit de cavalerie. Les Grecs, comme les Romains, le connoissoientbien, & ce sont toujours les plus habiles qui le remarquent. Cela fe volt dans la ba-taille de Nernée; car les Béotiens, qui fermoient l’aîle des Lacédémoniens, sans fc Xenophsoucier de faire leurs files de seize à /’ ordinaire , dit Xénophon, ils fe rangèrent enba- Hist.taille avec beaucoup de hauteur , pour empêcher les bataillons de flotter , quoiqu'ilsdûjfent craindre d'être invefiis . puis marchèrent par F aile pour s'en défendre.
La grande profondeur d’un corps fut du goût de Gustave & la Colonne lui parutpréférable à tout autre corps autrement disposé. II raisonnoit en fçavant Fantassin, &fur l’expèrience. On va loin avec ce secours. II pensa aux moiens de perfectionner íàméthode de Léipzig, & de la porter au point que rien ne lui pût résister ; il cherchaces moiens, & les trouva dans la Colonne, & la Tête de Porc fut comptée pour rien.
Je voudrais bien fçavoir où le Père Daniel a trouvé son Caput Porcinum tel qu’iínous le donne. Végéce & Agathias nous représentent cette évolution comme un trian-gle parfait, & ne nous disent pas qu’elle fût par sections débordées. La Tête de Porcest le Cuneus , & l’un & l’autre font de ces termes métaphoriques, qu’on ne doit pasprendre au pied de la lettre. Je ne regarde Agathias que fur le pied d’un Historien,êt Végéce loin d’être d’une autorité irréfragable , donne très-fouvent à gauche. Leblâme-t-on à tort d’avoir confondu les réglemens & les coûtumes des Anciens aveccelles de son tems? Ne doutons pas qu’il n’ait pris le Caput Porcinum ou le Cuneus<les Anciens, pour un véritable triangle avec toutes fes pointes. Si ce triangle étoit siredoutable que ceux qui nous l’ont représenté le disent,il ne faut pas douter qu’Epa-minondas & Polybc ne l’euflènt préféré, l’un à la Colonne, & l’autre à la phalangedoublée ou triplée. Thucydide, qui décrit les deux batailles de Leuctres & de Man-tinée, où le premier fe rangea en Colonne, fe sert du terme à'Embolon , ainsi quemon Auteur dans le doublement ou triplement des files de fa phalange & cependanton volt bien qu’il ne s’agit pas d’un triangle, mais d’un corps fur une trés-gráhdeprofondeur. Tout cela étoit très-aifé & très-simple dans la pratique, au lieu que leCuneus ou la Tete de Porc , considérée comme un triangle, étoit une évolution quidemandoit du tems pour la former ; & comment fe pouvoit-on ranger de la forteavec les ennemis fur les bras ?
SiFrontin, qui étoit un fçavant homme de guerre, me diloit que le Com étoit