DE LA COLONNE, ïxxxj
Zs perces en plusieurs endroits, & qu’on le peut par tout contre des bataillons min-ces, la journée est tout auífi-tôt terminée. II y a donc moins de sang répandu, puis-qu’il y a moins de feu de part & d’autre, que le combat est moins obstiné, & qu’iln’y a que les têtes de mes corps qui donnent, outre que les rangs qui suivent les troisou quatre premiers de la tête ne fervent que pour les pousser, Ht pour donner plusde poids & de force au choc de ceux qui les devancent, de forte que ces rangs nepeuvent souffrir que du feu du canon: mais ce feu n’est qu’un feu de paflàge, quicesiè dès qu’on en est aux mains, au lieu qu’il est très-dangereux dans notre façon decombattre : Malplaquet en est une bonne preuve. O ailleurs mes Colonnes rendent cecanon bien peu redoutable,parce que je mets le mien à la queue, qui tire fans cesse,& marche toujours en sûreté à couvert des sections. C’est une remarque que plusieursOfficiers d’arrillerie très-expérimentés ont faite, car ils ne désirent rien tant dans lesbatailles que d’être en état de suivre les lignes, & de tirer au plus près lorfqu’iîs íesentent bien soutenus: nous ne íçaurions mieux hêtre, difent-ils, que par ces Co-lonnes.
Supposons maintenant que les deux partis combattent selon mes principes, car iíne faut point douter qu’on n’y vienne un jour: ceux qui ne les approuvent pas neles ont pas entendus, & leurs décisions ne font pas article de foi, je soutiens qu’onperdra une infinité moins de monde.
i°. Parce que, comme je Fai déja dit, on essuiera moins de feu de part & d’au-tre , la raison est qu’il n’y aura que les têtes qui donneront & qui fe trouveront expo-sées à Parme blanche, & que la victoire dépendant uniquement de pénétrer & depercer quelque part, les Généraux y mettront toute leur attention.
a». Parce que les Colonnes étant difficiles à découvrir à cause qu’elles font enga-gées dans les lignes, ou qu’elles peuvent se former en marchant à l’ennemi, on feratoujours incertain de Fendrait où l’on veut faire le principal effort de l’attaque.
3°. Parce que le ralliement de celui qui est ouvert devient impossible ou très-diffi-ciie, à cause du partage des Colonnes qui fe jettent à droit & à gauche fur les flancsdes corps qui viennent d’être rompus, choc dont ils ne fçauroient fe garantir, attaquésqu’ils font en même teins de front par les bataillons d’entre les Colonnes ; de forte quen’y aiant plus de remède, la journée est finie en fort peu de tems : car c’est le teinsqu’on emploie pour la victoire & le feu continuel qui font périr tant de monde.
J’écarte une infinité de choses que je pourrais dire fur 1a Colonne ; car comme ceschoses embrassent ma tactique dans toute son étendue, nous les traiterons selon l’oc-casion dans le cours de cet ouvrage, fans pourtant entrer dans le fond de cette tacti-que : les raisons que nous en avons font plus importantes que l’on ne pense, on peutêtre emploié ; & loríqu’on a perdu toute espérance de l’être,on ne perd pas celle detout donner & de tout découvrir.
CHAPITRE IX.
Autorités £ 5 ? êxemples de la Colonne.
L A plupart des gens qui ne Rappliquent pas, font fi prévenus en faveur de 1 usa-ge, que tout ce qui lui est contraire les révolte & les bleílè ; les preuves, lesraisons les plus sortes & les plus prefîàntes, les vérités les plus démontrées font à peineTome J. I