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Tome premier.
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IO HISTOIRE DE POLYBE,

Com- . La dissension s’étant mise entre les citoiens de Syracuse & leursmence- troupes, celles-ci s’arrêtant autour de Margane, élurent pour chefsauilé- Artémidore & Hiéron, qui dans la fuite les gouverna. Le dernier

ron. étoit alors fort jeune à la vérité, mais d’une prudence & d’une maturité

qui annonçoit un grand Roi. Honoré du commandement, il entradans la ville par le moien de quelques amis, & maître de ces gens quine cherchoient qu’à brouiller, il se conduisit avec tant de douceur &de grandeur d’ame, que les Syracusains, quoique mécontens de la li-berté que s’étoient donné les Soldats, ne laissèrent pas de le faire Pré-teur d’un confentemet unanime. Dès ses premières démarches, il futaisé de juger que ce Préteur aspiroit à quelque chose de plus qu a cettecharge. En effet voyant qu’k peine les troupes étoient sorties de laville, que Syracuse étoit troublée par des esprits séditieux & amateursde la nouveauté, & que Leptinés distingué par son crédit & sa probitéavoit pour lui tout le peuple, il épousa sa fille, dans le dessein d’avoirtoujours dans la ville par cette alliance un homme fur lequel il pûtcompter, loríqu’il fëroit obligé de marcher à la tête des armées. Pourse défaire ensuite (d) des vétérans, étrangers, esprits remuants & mal

(a) Pour se défaire ensuite des vétérans étran-gers . ] De la corruption des mœurs au méprisdes loix militaires, il n’y a qu’un pas à faire; &lorsque les châtimens ne suivent pas de près lesfiutes de cette nature, on passe bientôt à l’info-lence qui s’accroît par T impunité, d’oii nait l’es-prit de faction & de révolte. Cela va par dé-grés. Lorfqu’un corps de mutins s’est déclarépar quelque coup d’éclat, c’est un mal fans re-mède, non dans un peuple corrompu & factieuxdout les intérêts font divisés & qui ne va pasdu même branle, mais dans une milice corrom-vuë ; & si on le remarque bien, le mal commen-ce toujours par les Officiers dont la négligence,la débauche & le luxe font les plus grands mauxd’un Etat. Les soldats qui voient ds telles gensà leur têts les méprisent ; la désobéissance eíí.ti-ne suite de ce mépris, & les révoltes suivent ladésobéissance. Le supplice de quelques-uns desplus mutins n'est d’aucun effet parmi un si grandnombre de coupables. Hiéron comprit bien ai-sément qu’il n’en seroit jamais le maître, qu’ilsétoient trop bien unis, & que le châtiment desplus coupables ne manqueroit pas d’irriter lereste,

. 11 n’ignoroît pas que les soldats n’avoientau.cun droit à résection des Magistrats, & qu’aiantété assez hardis pour s'arroger un pouvoir quine leur a’ppartenoit pas, il n’y auroit rien doncils ne fussent capables, si quelqu’autre auffi am-bitieux que lui, s’avisoit d’employer les mêmesmoiens de corruption paur sé faire élire & semettre en fa place. Cela lui parut de telle im-portance & pour ses intérêts & pour ceuxde la

République, qu’il résolut d'exterminer cette mi-lice factieuse, donc la licence & l’espritdc rébel-lion ne pouvoit que corrompre les autres & lesporter à prêter l’oreille á de plus grands change-mens. 11 en vint à bout par son esprit & parson adresse: éxemple qui eût dû servir de leçonaux Empereurs Romains pour les garentir desCohortes Prétoriennes, lorsqu’ils s’apperçûrentque la discipline militaire se relâchoic par la licen-ce de Rome;au lieu qu’ils augmentèrent le malpour en avoir négligé le remede-, soit par la crain-te de remuer les esprits par une trop grande sé-vérité , on qu’er, les rappellantà l’observation desloix militaires & à leur ancienne vertu, l’horreurde tant de crimes & leur tirannie ne les portas-sent à se défaire de tels maîtres, pour en délivrerRome & le genre humain. II falloit à ces mon-stres des gens qui les imitassent dans leurs vices.C’eût été une efpece de miracle qu’un corps dotroupes qui ne bougeoit d’une capitale, pût seconserver pur au milieu d'une cour dissolue. Cocorps devint en peu de rems le réceptacle & l’a •zíle d’une foule de scélérats, de traîtres, de vo-leurs & d’assaíïïns. Ms portèrent si loin leur au-dace.qu’ils égorgeoient leurs Empereurs pour enmettre d’autres en leur place r la plupart auffi lâ-ches , auffi cruels & plus dissolus que leurs sol-dats. Ce qu’il y a déplus étrange, c’estqu’aprèsla mort de Sévére, ceux qui l’avoient égorgé,mirent l’Empire à l’encan & firent crier du hautdu rempart de leur camp que l’Empire Romainétoit à vendre au plus offrant, & il trouva unacheteur, qui fut ensuite traité comme les autres»Rien n’étoit plus aisé que de s’en débarasser. O st