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Tome premier.
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20 HISTOIRE DE POLYBE,

& de belles qualités, qu’ils le créèrent Magistrat, & ensuite Capitaine Général dansla guerre qu’ils eurent contre les Carthaginois. II leur livra plusieurs combats, avecsuccès: un concours si heureux des vertus politiques & guerrières charma les Syra-cusains de façon, qu’ils l’élevérent tout d’une voix h la ìloiauté.

Pyrrhus Roi des Epirotes, lui donna de grandes marques de son eflime & de sonamitié , & lui procura de grands honneurs. II étoit très bien fait de fa personne ,dune complexion forte & vigoureuse, agréable dans la conversation , d'une grandeprobité dans les affaires, n ordonnant rien qui ne fut juste & raisonnable ; enfin nemanquant en rien des vertus & des grandes qualités qui forment les Souverains , quela pojfejfion dlm Royaume. C’est l’éloge qu’en fait Justin.

II se gouverna avec tant de prudence, d’esprit, d’adreíse & de jugement, qu’il sutégalement estimé des Romains & des Carthaginois: il fit la paix avec les premiers fansrompre avec les seconds. Entre tous les hommçs dont les Historiens parlent avec élo-ge , il n’y en a point qui aient acquis tant de gloire par leurs grandes qualités. Je vaisdire une chose aílèz remarquable de ce Prince, c’est qu’il est peut-être le seul d’entretous les Souverains & les Etats neutres; qui ait íu se conserverl’arnitié & la confiancedes deux partis, dans une guerre qui se saisoit dans son voisinage & pour ainsi dire l’en-veloppoit, & qui ne se sentit point des maux dont les Etats qui ne prennent aucunparti entre deux grandes Puistânces, ne font jamais exempts. S’ils ne font pas la proiedu vainqueur, ils trouvent au bout du compte que la guerre leur eût été moins rui-neuse que la voie de la neutralité. Si elle n’est bien ménagée, on s’expose à la hainedu vaincu & au mépris du vainqueur. La voie du milieu est toujours dangereuse &sans aucun profit: Ea non média, fed periculofa, aut mdla via efì. Solon avoit raisonde rejetter toute neutralité. 11 disoit qu’il falloit se déclarer & embrasser le parti le■plus juste, pour courre les mêmes périls.

Hiéron fe gouverna fi sagement pendant le cours d’une si longue guerre & avec tantde prudence, qu’il vécut dans une paix profonde. II s’attira par cette conduite l’a-rnour de ses peuples, & fe vit également nécessaire aux deux partis, aufquels il renditde grands services, fans qu’il parût qu’il panchât plutôt pour l’un que pour l’autre til sembloit pourtant qu’il inclinoit un peu plus du côté des Romains, en qui il con-noiíloic plus de vertu & plus de franchise.

Les secours de vivres que ceux-ci reçurent de ce Prince pendant le siège de Lílibéen’étoient point de ces bienfaits que la crainte extorque, ils venoient de fa pure géné-rosité , d’une pure grandeur d’ame. II avoit astèz de courage & de puiíîànce, pourque les deux partis le ménageaflent ; s’il fe fût déclaré pour ì’un ou pour l’autre , sesforces étoient telles, qu’il eût pû faire pancher la balance. Dépouillé de tout intérêt& de toute crainte, il prévint les Romains dans leurs besoins pendant le cours de lapremière guerre Punique; dans la seconde il les secourut gratuitement de vivres &d’argent,dans le tems que leurs affaires touchoient aux derniers périls. Dans la guerreque Carthage soutint contre ses propres armées qui se soulevèrent, Hiéron les aida &leur envola des secours considérables, il n’en avoit rien craindre en ce tems-Fa. lîsavoient été chastes de la Sicile, dont les Romains étoient devenus les maîtres. Cetteaction est d un cœur magnanime. II suffifok qu’on fût malheureux Le dans l’infortu-ne, pour qu il devançât vos besoins. Sa libéralité ne s’étendit pas feulement sor despeuples entiers & qui tombaient dans quelque disgrâce, mais encore fur les hommesillustres & les gens de lettres.

On peut voir dans cette idée qu’il est bien plus noble dé faire une chose gratuite-ment, que d'e la sistre par des vues intéressées; & qu’ainfi plus l’on approcherai dongratuit, & plus l’on approche du grand & du beau. II resta toute ía vie dans une