LIVRE I. CH A P.. III. n
■Stoit composée desTriaires, vieux soldats d’une valeur éprouvée, mais qui étoietiten trop petit nombre pour mériter le titre de ligne, quoiqu’ils fuílènt partagés parpelotons vis-à-vis les intervalles des corps de la seconde ligne, la cavalerie 7. 8. fcr-moit les ailes de l’infànterie, les armés à la légere 9. partagés par petites pelotes furtout le front de la premiere ligne. Voilà en fort peu de mots f ordonnance des Ro-mains & des Carthaginois & fur laquelle ils combattirent auprès d’Agrigente. Maisce n’est pas là ce qui nous embaraííèle plus, c’est de pouvoir déterminer la naturedu pais, où les deux armées en vinrent aux mains, Car Favantage de Hannon con-fistoit bien plus à forcer les Romains écartés & séparés en plusieurs quartiers que deles combattre réunis, & tous ensemble. II n’y a que la connoiílànce du terrain quipuiíîè disculper le Général Carthaginois de la faute dont on peut le soupçonner.Deux raisons me portent à croire que cette affaire fe pafia dans un pais, où les deuxannées fe trouvèrent reíìerrées à leurs ailes de telle forte que le plus fort, tel queletoit Hannon, ne pouvoit fe servir de Favantage du nombre contre le foible, quireílèrré de son côté se trouvoit fur un front tout semblable. Le foible hardi & en-treprenant, qui fe rencontre dans des cas semblables, en profite ordinairement. C’estUne chose que les Chefs d’armées doivent bien remarquer à la guerre ; car en y ajou-tant une disposition rusée, que l’autre n’a pas, il faut qu’il Femporte néccffiuremeptfur son antagoniste.
Ces deux raisons naiíïènt des suites du combat, & font voir manifestement que lesdeux Généraux combattirent dans une plaine d’une très-petite étendue, écoutonsPolybe. On fit avancer départ & d'autre les armées dans Vespace qui étoit entre lesdeux camps. II falloit donc que le champ de bataille ne permit pas de s’étendre furUn grand front. Voilà le sujet des deux phalanges de Hannon. On comprend bienque ce qu’il avoît de plus que le Romain devoir être en seconde ligne. Si je vou-lois donner à mon lecteur une idée dune étendue bornée, je ne me fervirois que deces deux lignes ; mais lá seconde raison est bien d’une autre force & plus concluante :je la tire de la situation du pais qui éxiste encore.
Les Carhaginois avoient leur camp entre l’Agragas & leNypfa, deux petites riviè-res , aiant Erbesle fur leurs derrières, & la partie de la circonvallation des Romainsen front: c’étoit donc entre ces deux rivières que Fassaire fe décida; Agrigente fetrouvant justement dans la fourche & le confluant du Nypfa dans FAgragas. Voilà,ce me semble, la difficulté levée, & le lecteur au fait.
Pour cette fois les Romains ne trouvèrent rien de redoutable dans les éléphans ; ilsn’en souffrirent pas grand mal. Ces animaux durent paflèr entre les intervalles descorps, qui les laiíîèrent aller, & tombèrent fur Finfanterie Carthaginoise. Je ne di-rai pas ce que fit la cavalerie de part & d’autre, mon Auteur n’en dit mot : puisqueHannon fut battu, il falloit qu’il ne fût guère plus satisfait de son infanterie que defa cavalerie.
Les Romains battirent tout & pillèrent tout. Ils eurent lieu de fe réjouir d’unest grande victoire ; & d’autant plus considérable, qu’elle les délivroit de leurs plusgrandes infortunes, & de la faim plus formidable que les dangers les plus évidens deL guerre.
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