? 2 HISTOIRE DE POLYBE,
me vague d’armc à feu, ou de bouche à feu ? On ne fait pas même bien précifémertípourquoi cette machine de guerre à été appellée corbeau, car elle n’a nul rapport aveccet animal. Dans les autres machines on voit à peu près d’où vient que tel ou tel nomlui a été donné. Mais ici rien ne nous aide à trouver f origine de cette déno-mination. II faut déviner. Mais ce n’est pas mon métier.
II feroit bien difficile de remonter jusqu a Forigine de cette machine confiderée com-*me un guindage, ou une maniéré de grue. Diades fe donne tout i’honneur de l’in-vention, quoiqu’elle eût été trouvée longtems avant lui, & que l’ufage en fût toutcommun. Les Anciens ne manquoient pas de ces fortes de geais qui ne fe font pasconscience de fe parer des plumes du paon. On prétend même, & cela n’est que tropvisible par le témoignage des Auteurs,qu’Archiméde n’est pasl’inventeurdu corbeau,maïs un Architecte nommé Charistion, qui l’éxécuta au siège de Samos ; de fortequ’Archiméde fe verroit entièrement déposièdé de toutes ces machines de guerre, quiFont rendu si fameux dans FHistoire, car ce siège est antérieur d’environ 228. ans àcelui de Syracuse, S’il en faut croire Quinte-Curse, ni Archiméde ni Charistionn’ont aucune part à cette invention: les syriens mirent en usage cette machinelong-tems avant que ces gcns-là fuílènt au monde.
Je ne fai h quoi pense Perrault dans fes savantes notes fur Vitruve,lorfqu’ilavanceque Polybe & Jul. Frontinus disent que le Consul Duillius , qui commandait T arméenavale des Romains ,fut r inventeur de cette machine , quoique Quinte-Curse en attri-bue l'invention auxTy riens , lorsque leur ville fut assiégée par Alexandre; car sautoritéde ce dernier Historien , continue-t-il, ne le doit pas emporter fur les deux autres. Pre-mièrement Quinte-Curse ne dit pas que les Tyriens soient les inventeurs de cette ma-chine : 11 paroît feulement qu’ils s’en servirent contre Alexandre, ou tout au plus qu’ilri’y avoir pas longtems qu’ellc avoir été inventée. En second lieu, je voudrois biensavoir où M. Perrault a trouvé que Polybe ait attribué cette invention du corbeau àDuillius. II n’y a pas un mot de cela dans cet Auteur; il dit simplement que quel-qu'un leur suggéra de s'aider dans ce combat diane machine à laquelle on donna dépitisle nom de corbeau. II n’explique pas Frontin plus heureusement. Cet Auteur ne faitaucune mention de cette machine, il dit feulement que Duillius voiant que les vaisseauxdes Carthaginois étoient plus legers que les siens, fit faire des griffes de fer pour lesaccrocher; après quoi les soldats jettant un pont , & sautant dessus , en venoient à sa-bordage. Voici fes termes : Excogitavit manus ferreas. Cela ne signifie pas un corbeau.
Diades, dont fai parlé plus haut, dit dans Vitruve, qu’il n’avoit pas crû devoirécrire du corbeau, parce qu’il avoir reconnu que cetre machine n’avoit pas aslèz grandeffet pour mériter qu’on en parlât. II a raison, s’il entend parler de celui de Polybe:nous avons aujourd’hui des moîens plus simples & plus furs que cela pour accrocherles vaisseaux & les aborder. Cependant les deux grandes victoires que les Romainsremportèrent fur mer contre les Carthaginois, ne font dûës qu’à la vertu de cettemachine.
Le corbeau d’Archiméde étoit bien différent de celui du Romain. C’étoit unguindage qu on tournoit en divers sens , qui accrochoit & enlevois tout ce qu’il pou-voit saisir, au lieu que celui de Duillius est fout différent; il accroche & il amène,& n'enlève point. Je crois que le corbeau de Polybe étoit plus redoutable aux yeuxque dans fes effets. Les Carthaginois ne furent pourtant s’en garantir ; ce qui me faitun peu douter de la légèreté de leurs galères, ou de Fadresiè de leurs matelots; à moinsque la nouveauté de cette machine, & la vûëde cette charpente mystérieuse, ne lesait étonnés jufqu’à leur faire perdre les forces & le jugement. On va voir, par ladescription & par la figure de cette machine, qu’ils s’étonnoient d’aísez peu de chose.
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