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Tome premier.
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LIVRE I. CHAP. IV. 8Z

es qtù me paroìt de plus merveilleux. Je n’en fuis nullement étonné, le surprenant& le prodigieux est la vitesse, la célérité & la promptitude avec laquelle il enlevoit ceslourdes masses, les faisoit pirouéter suspendues en l’air, & les brifoit contre les mursde la ville par des secousses très-violentes.

II paroìt, par le pafîàge de Plutarque, que le corbeau d’Arcfeiméde étoìt une ma-niéré de grue ou de gruau, composé de plusieurs autres puiílànces que celles qu’on yapplique aujourd’hui; ce qui ne pouvoir être autrement, s’il étoit semblable à cettemachine. L’Auteur auroit dû savoir que le rancher, tournant sur son arbre qui lui sertde poinçon, ne fait point la bacule ou la'balancé, & ne peut être incliné de tousles sens ; car si cela eût été, le treuil, le tympan & les poulies n’euíìènt jamais pù êtreappliquées à une balance. Polybe dit formellement, que le corbeau d’Archiméde é-toit composé d’une balance & d’un levier-; ce qui me paroìt plus vraisemblable, &plus capable de produire les effets dont jl parle, & d’agir d’un mouvement plus su-bit & plus accéléré. C’étoit sans doute une poutre, ou un mât prodigieusement long& de plusieurs .pièces, c’est-à-dire fait de plusieurs- mats joints .ensemble, pour le ren-dre plus fort & moins fléxible, renforcé,encore au milieu par de fortes seméles, letout rasiùré avec des cercles de fer & d’une lieure de cordes, de distance en distan-ce , comme le mât d’un vaisseau composé de plusieurs autres mâts. Cette furieusepoutre devoit être encore alongée d’un autre à peu près d’égale force.

Ce levier énorme, & de la première espèce, devoit être iûspendu à un grand ar-bre, assemblé sur sa sole, avec sa fourchette, son échellier, ses moises,eufin à peuprès semblable à un gruau; il devoit être appliqué & colé contre l’intérieur de la mu-raille de la ville, arrêté & aílùré par de forts liens, ou des anneaux de fer, où l'onpaslòit des cordages qui embraíïoient l’arbre, au bout duquel le corbeau étoit suspen-du. Les Anciens ne terraflòient point les murailles comme nous les terrasiòns aujour-d’hui; cette méthode leur étoìt inconnue, peut-être à cause de la grandeur & de lahauteur de leurs machines de guerre ; qu’ils n’euíìènt pû mettre en batterie fur le ter-re - plein, fans les exposer en bute à celles des asiìégeans, qui les eusiènt démontées& brûlées en très - peu de rems. Ils ne mettoient que les petites machines faciles àtransporter.

Ce levier énorme ainsi suspendu à un gros cable, ou à une chaîne, & accolé con-tre son arbre, pouvoit produire des effets d’autant plus grands, que la puiílànce ou laligne de direction se trouvoit plus éloignée de son point fixe, ou du centre du mou-vement, en ajoutant encore d’autres puiílànces A, qui tirent de haut en bas par laligne de direction.

A l’extrémité il y avoit plusieurs grapins ou pâtes d’ancres B, suspendues à deschaînes qu’on jettoit fur les vaiflèaux lorsqu’ils approchoient à portée. Plusieurs hom-mes abaissoient cette bacule par le moien de deux cordes en trelingage C ; & dès qu’ons’appercevoit que les griffes de fer s’étoient cramponnées,on faisoit un signal,& toutaussi-tôt on baifíoit une des extrémités de la bacule, pendant que l’autre se relevoit &enlevoit le vaiíïèau à une certaine hauteur, qu’on laissoit ensuite tomber dans la mer,en coupant le gros cable qui tenoit le vaiíïèau suspendu.