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Tome premier.
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§6 HISTOIRE DE P O L Y B E,

que dans les batailles rangées, la valeur soutenue de la supériorité du nombre, est dcpeu de conséquence contre un Chef d’armée foible, mais habile & éclairé, qui op-pose une disposition plus savante & plus rusée h son ennemi. On ne sauroit attribuerla défaite des Carthaginois à leur foiblesse, puisqu’ils étoient infiniment supérieursaux Romains ni au défaut de courage & d’expérience, ils ne manquèrent jamais dsce côté-là, mais seulement dans la disposition de leur ordre de- bataille.

§. VI.

Motif de la bataille. Ordonnance des deux armées. Fautes des AmirauxRomains , quoique vi&orieux.

C Ette fameuse action se pailla entre Héraclée & Ecnome. Notre Auteur nous ap-prend que le but des Romains étoit dépasser en Afrique, & d'en faire le théâtrede La guerre ,afìn queles Carthaginois n’’eussent plus la Sicile à défendre ; mais eux mê-me s,& leur propre pais. Le Sénat de Carthage jugea aílèz par les grands préparatifsdes Romains, qu’ils en vouloient à TAfrique. L'entreprise n’étoit pas difficile. Lafameuse diversion d’Agatocles leur étoit aíîèz présente. Celle des Romains leur sem-bla bien plus à craindre & plus redoutable, ils n’avoient aucune frontière, ni aucu-ne place qui couvrit Carthage ; toutes ces raisons les déterminèrent à des efforts con-formes aux maux qui les menaçoient. Ils longèrent à éloigner les Romains de leurscôtes, & de les aller combattre fur celles de la Sicile.

Les Romains ne durent pas être fâchés d’engager un combat loin du voisinage del’Afrique, où tout leur étoit ennemi, & où ils n’avoient ni parti ni intelligence: carfila fortune leur eût été contraire, leur retraite en Sicile devenoit très - difficile &tròs-dangercuse, & leur perte manifeste.

L’ordrc de bataille des Romains est très-aisé à comprendre, quoique moins sim-ple , que celui des Carthaginois. 11 me paroît profond, mais bien hazardeux, & su-jet à de grands inconvéniens. II n’étoit propre que dans une mer calme & tranquille.Cet ordre avoir été prémédité & concerté dans le cabinet entre les deux Consuls, aucas que le tems le permit. 11 se trouva conforme à leurs désirs, le moindre vent eûtdérangé toute l’économie de Tordre, & la confusion n’eût pas manqué de s’y met-tre. Cet ordre eût fans doute été différent, si la mer n’eût pas été calme. La pru-dence demande que Ton prenne ses mesures de loin, afin que quelque changementqu’il arrive au tems & aux conjonctures, on ne soit pas obligé à cet aveu, plus hon-teux au Général d’armée qu’au lage, jerìy avois pas pensé.

On a cet avantage dans la guerre de mer, que Ton peut se former un plan de con-duite presque certain pour toute la campagne ; ce n’est pas la même chose sur terre, ilest difficile d y établir rien daíïïiré, parce qu’elle est sujette à de plus grandes varia-tions a des précautions incommodes, par la différence des lieux & des pais. UnGénéral y est obligé de changer autant de fois ses ordres & ses mouvemens, qu’il voltde différence dans.Ies lieux où il campe, où il marche, & où il combat. Pour celaquel coup d œil, quelle capacité, quelle expérience, quelle science des grandes ma-nœuvres ne faut-il pas? Ajoutez l’attention & Tinquiétude où il est pour ses vivres*& pour les places d’où il les tire. Mais dans la guerre de mer, bien que les vents nesoient pas foujours favorables à nos deíìeins, à moins qu’ils ne soient tout à fait con-traires, Ton forme son ordre de bataille, & Ton combat selon le système qu’on s’estproposé dans le cabinet, fans y changer beaucoup, parce que la mer est toujours autantpour Tun que pour i’autre, Un Amiral se trouve peu embarassé sur sa disposition. Les

voiles