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Tome premier.
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L I V R E I. CHAP. Vi: 109

marche n’est pas toujours égale. II fait souvent des haltes très-longues en des endroitsoù elles auroient pû être plus courtes. On ne doit pas le trouver mauvais. Maisn’eût-il pas mieux vallu qu’il s’arrêtât uniquement fur les faits d’où dépendent les évé-nemens les plus extraordinaires & les moins prévus?

La bataille d’Ecnome est un grand sujet, & décide d’un grand desiein. Auffi larepréfente-t-il dans toute son étendue. Cela est en fa place. Mais celle d’Adis mcri*toit-elíe moins d’être décrite avec la même éxactitude ? Je nedài pourquoi il se restcrrefi fort fur un fait si rare ; car puifqu’il avoit voiagé exprès, & s’étoit porté fur leslieux, où s’étoient passées les grandes actions, pour ne rien écrire dans son Histoirequi ne fût conforme à la vérité ; combien nous auroit-il pû dire de choses qu’il nouslaisse à deviner? Puifqu’il avoit voiagé en Afrique, selon qu’il le dit lui-même, rienne l’empêchoit de fe porter à Adis, d’en éxaminer les environs, & la colline fur la-quelle les deux armées combattirent ; il lui eût alors été aisé de mettre en usage fespropres conjectures, de juger du projet de l’entreprife, & de la disposition des deuxarmées par celle des lieux. Un homme du métier, habile & expérimenté, est capa-ble de suppléer par ce qu’il volt, à ce qui n’a pû venir à sa'connoiíïànce, ou à cequ’il n’a pû comprendre dans les mémoires ou les lettres des Officiers particuliers, oudes Généraux d’armées. L’inípection des lieux aide extrêmement un Historien mili-taire , tout s’éclaircit & tout fe débrouille à la vûe des objets. Un Officier qui veutécrire l’Histoire de son tems,n’a pas un meilleur parti à prendre. Qui voudroit écrirele combat de Fribourg, de Senef, ou la bataille de Malplaquet, n’en écriroit jamaisavec exactitude s’il ne prenoit ce parti. On lit alors avec beaucoup de plaisir, 011 estcomme transporté fur les lieux. Qu’on lise Hérodote,Thucydide, Xenophon,Polybelui-même ; car il ne tombe pas toujours dans le défaut que je lui reproche ici, & pourVenir juíqu’à notre tems, qu’on lise l’Auteur anonime des deux dernieres campagnesde M. de Turenne, Auteur qui pour le moins va du pair avec les grands hommesque je viens de citer; on verra, à n’en pouvoir disconvenir^ combien la connoiílàncedes lieux répand de clarté & d’agrément dans le récit d’une action militaire.

Polybe a donc grand tort d’avoir manqué d’éxactitude dans une action auffi célé-bré que celle d’Adis: car il n’est rien de plus rare qu’une surprise que l’on tente furune armée. Malgré tout cela, ce qu’il nous apprend de cette grande action, n’estpas si peu considérable, qu’on n’y puiflè faire des observations. C’est ici une occasionde traiter des surprises d’armées: & cette matière est si curieuse & si importante, qu’il'ne peut se trouver trop d’oecasions de l’aprofondir.

§. II.

' - Inutilité dune armée de secours quand elle refle dans TinaBion ,

quelque pose .qii elle occupe.

A Près la prise d’Alpis, Régulus songea à ne laisser aucune place derrière lui ,qui pût l’inquiéter dans le dessein qu’il avoit de marcher à Carthage. II Rap-proche d’Adis dont il fait le siège. Sur ces nouvelles les Généraux Carthaginois femettent en campagne, avec une armée plus propre à tenir les plaine s, qu’à combattredans un pais de montagnes très-âpres & très-difficiles. II leur importoít de les tra-verser pour aller à l’ennemi, & secourir la place; ils s’y déterminent, & les paísentheureusement. Les voilà arrivés, & fur les hauteurs qui bordoient la plaine; rien noles empêchoit d’y descendre, & d’attaquer les. Romains dans un pais favorable a lacavalerie & aux éléphans. Ils n’en font pourtant rien, 6c le tems s’ccoule. Ils s’étoient

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