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Tome premier.
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L I V R E T. CHAP. VL ]2r

faire tiens un pais de défilés, de bois & de marais impraticables, outre la DeuJe qu’illeur falloit paíìèr pour entrer dans la plaine de ta Bassée : on eut beau faire voir au Ma-réchal qu’il n’avoit que ce parti à prendre, & qu’il étoit aisé, puisqu’il n’avoit quequelques chaussées à défendre ; que s’il méprisoit si fort les yeux d’autrui, il f e portâtfur les lieux,& les reconnût parìui-même. Rien ne fut capable de l’engager à mettreà couvert un poste si avantageux. Les ennemis, ravis d’apprendre que les lignes de laDeule font abandonnées,arrivent fur cette rivière,la paílènt diligemment le so. Avrilà Pont-à-Ventin, & le 22. un grand corps de leurs troupes marche au Maréchal, quis’étoitposté proche de Vitri, derrière la Scarpe,où il fe croioit invincible & le mieuxdu monde, st est attaqué & battu tout en même teins, ne fe doutant pas même qu’ildût l’être;& comme les surprises ne font pas trop favorables aux équipages, il en per-dit la plus grande partie. Les ennemis, contens d’un si beau début de campagne, pro-fitèrent du teins, & la place fut investie le 23. Avril 1710.

A cette nouvelle le Maréchal de Villars aílèmbla son armée fous Cambrai, résolu demarcher droit aux ennemis, & de n’cn pas faire à deux fois; il le difoit hautement,&ssen faifoit aucun mistére ; ce qui me fit douter qu’il parlât tout de bon, & que lesentiment de la Cour fut qu’il hazardât une bataille. J’avance ceci de mon chef & parconjecture, car je n’ai jamais pu découvrir si véritablement le Maréchal avoit ordre deNe rien faire : ce qui me le íeroit croire, c’est que la Cour appuioit beaucoup fur 'esconseils du Maréchal de Bcrvick. Or le sentiment de celui-ci étoit de ne rien hazar-der, dans une conjoncture cependant, où la vivacité étoit une très-grande íageílè.Quoiqu’ií en soit,nous marchons droit aux ennemis,nous passons la Scarpe à Arras aùbeau plein jour, fansqu'il parût que les ennemis en euflent la moindre nouvelle. Nous,entrons dans la plaine disse fur vingt colonnes, farinée fe met en bataille selon la mé-thode ordinaire, c’est-à-dire la cavalerie íur les ailes, L f infanterie au centre, fans faireréflexion que ce que nous avions de plus fort & de plus redoutable à notre droite, oùétoit l’éiite de notre cavalerie, le trouvoic inutile de ce côté-ìà. Cette droite de cava-lerie , & une partie de celle de ì’inianterie, s’étendoient en ligne oblique jufqu’à laScarpe, où elle appuioit, à cause d’un crochet que ies ennemis formoient à leur gau-che, qui nous empêchoit de nous ranger fur un front parallèle avec l’ennemi, de tel-le forte que cette droite en étoit fort éloignée.

On étendit la gauche au ruisseau de Lens, entre Noyele & cette ville, au maraisqui régné le long de ses bords jufqu’à son confluant dans la Deule. Cette gauche femouvoir fort près du camp de Milord Duc. Nous avions en face la hauteur de Rois-Bernard, qui couvroit presque tout le centre de notre infanterie, & qui empêchoitqu’on ne pût voir, & notre disposition, & tous les mouvemens que nous pouvionsfaire à ce centre: avantage inestimable pour un Général fin & rusé, & qui ne fuitpas la route ordinaire.

Cette hauteur s’élevoit doucement jufqu’à la cenfe de Bois - Bernard, où elle for-moit une petite plaine pelée & unie, qui faifoit le haut du coteau, & qui continuoitdans toute son étendue. Ses deux extrémités lomboient en pente insensible, celle dela droite alloit finira un grand ravin très-profond & d’un abord très-difficile, quicommençoit un peu au desiòus du château de Vilerval, que nous avions derrière la%ne vis-à-vis notre centre, & alloit finir au village d’ïsse, qui étoit entre les deuxcamps. Ce ravin partageant & coupant la plaine en deux, rompoit presque la com-munication de nos deux ailes. Ce désavantage eût été tròs-coníìdérablc si nous cui-sions été attaqués..

La gauche de la hauteur alloit fe perdre d’une même pente dans la plaine, k millepas- environ du marais, où notre gauche étoit appuiée.

Tome J. Q