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Tome premier.
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n6 HISTOIRE DE POLYBE,

sur tout le front d’une arrace, ces postes avancés, outre les partis qii’on envoie à laguerre pour ajouter à ces précautions, ne servent dans le fond que pour nous avertirquand l’enncmi n’est qu’à deux pas de nous. Lorsqu’on peut éluder les détachemenaque l’on envoie aux nouvelles, comme j’en ferai voir la facilité, le reste ne sert de rienpour retarder d’un moment le succès de ses entreprises. Ces grandes gardes, qui fereplient fur f armée, lorsque senne mi, que l’on croioit bien loin, paroìt tout d’uncoup , y portent bien plus l’épouvante & la confusion qu’ils ne la rassurent. Unearmée n’étant pas retranchée, & ne fe trouvant pas préparée à une attaque, ne iasoup-çounant pas même, si l’ennemi survient tout à coup, elle n’a rien de plus que lui àl’égard du terrain, & il a une infinité d’autres avantages : s’il est plus fort, il nousdéborde: s’il est plus foible, nous ne pouvons nous imaginer qu’il le soit;car qu’est-cc que l’opinion ne fait pas à la guerre? Tous font ce raisonnement, viendroit-il nousattaquer, s’il ne nous furpaíîòit en nombre, & s’il n’étoit même plus brave ? Ajoutezh cela l’avantage de la surprise, & celui d’être le premier à attaquer.

Ces grandes gardes de cavalerie, qu’on avance pendant le jour fur tout le frontd’une armée,’& qui fe retirent la nuit aux petites gardes du camp,étoient inconnuesaux Anciens, dont la cavalerie écoit en petit nombre ;& quand ils en auroient eu toutautant que nous en avons, ils n’eussent pas moins méprisé ces fortes de précautionsinutiles. On n’entteprend jamais fur une armée dans le plein jour, lorfqu’il s’agit d’unesurprise, à moins que l’on n’ait affaire à un Général imbécille, ignorant & sixns pré-cautions. On choisit toujours la nuit, & dans les bonnes régies on doit attaquer uneheure avant le jour : ces grandes gardes sont donc inutiles, si elles ne fervent que pourle jour. Les Anciens n’uíbient d’autres précautions contre les surprises, que de fe re-trancher, d’envoier à la guerre pour avoir des nouvelles, & la cavalerie en très-petitnombre battoit fans ceslè l’estrade. Trois cens chevaux partagés par petites troupes*ne font pas moins d’effet que cette enchaînure de gardes, qui occupent un dixièmede la cavalerie d’une armée, qui ne fatigue pas moins dans ces gardes que si elle cou-roit la campagne, & ces précautions ne tiennent pas moins un Général en inquiétude& ne divisent pas moins son attention. II craint toujours qu’on ne les enlève en quel-que endroit, comme cela arrive asièz souvent : rien ne lui fait plus de peine, il n estjamais bien tranquille, & son inquiétude redouble la nuit; ce qui fait qu’ií n’a ja-mais l’efprit bien libre : il faut cependant savoir pour imaginer' de bons coups.

Une armée bien retranchée dans un camp, esiuie beaucoup moins de fatigues; àpeine en faut-il un vingtième, pour les gardes, & l’on conserve sa cavalerie. Le Géné-ral fait ses fourages fans crainte. S’il en a peu de son côté, & l’ennemi beaucoup dusien , celui-ci n’ira que peu souvent ; & l’autre fe verra obligé d’y courir fans cesse.Si le dernier connoît bien ses avantages, il ne manquera pas de marcher à l’autre, &de l’attaquer pendant qu’il est dénué d’une partie de fa cavalerie. Lorfqu’on est re-tranché, on fe tient tranquille dans son camp; malgré cette distraction de forces, onn’est jamais surpris: & lî l’ennemi veut tenter quelque entreprise, on est en état desc défendre, & celui-ci ne peut attaquer qu’à force ouverte.

Un Général habile, hardi, ferme & résolu, à la tête d’une armée beaucoup infé-rieure à celle qui lui est opposée, peut par son courage, par son adresse, & pariabonne conduite , mener aussi haut à la main son antagoniste, que s’il en avoic une bienforce. Les petites armées, qui ont de tels Généraux à leur tête, sont celles qui sentle plus à redouter, & les plus propres aux entreprises extraordinaires. Celui qui nepeut vaincre par la force ouverte, & tambour battant, ou s’oppofer aux defieins d’unennemi supérieur par le nombre de scs troupes, trouve toujours des ressources dam tenue & dans 1 artifice: rien de plus aisé, & pourtant rien de moins commun ; mais d