iz6 HISTOIRE DE P O L Y B E,leur cavalerie & de leurs éléphans, pensa en lui-même, & dit à sesamis, que fi les Carthaginois avoient été vaincus, ils ne dévoient s’enprendre qu’à f incapacité de leurs Chefs. Ce mot se répand parmi lepeuple, & passe bientôt du peuple aux Généraux. Les Magistrats font,appeller cet homme, il vient & justifie clairement ce qu’il avoit avancé.II leur lait voir pourquoi ils avoient été battus; & comment en choi-sissant toujours la plaine, soit dans les marches, soit dans les campe-mens, soit dans les ordonnances de bataille, ils se mettroient en étatnon seulement de ne rien craindre de leurs ennemis, mais encore deles vaincre. Les Chefs applaudissent, conviennent de leurs fautes, &lui confient le commandement de farinée.
Bataille 8 tir le petit mot de Xantippe on avoit déja commencé parmi le peu-de Tunis, pie à parler avantageusement, & à espérer quelque chose de cet étran-Ordon- gep. Mais quand il eut rangé farinée à la porte de la ville , qu’il endes Car- eut sait mouvoir quelque partie en ordre de bataille, qu’il lui eut faitthaginois. faire féxercice selon les régies, on lui reconnut tant de supériorité , queson éclata en cris de joie, & que son demanda d’être au plutôt menéaux ennemis, persuadé que sous la conduite de Xantippe on n'avoitrien à redouter. Quelque animés & pleins de confiance que parussentles soldats, les Chefs leur dirent encore quelque choie pour les encou-rager de plus en plus, & peu de jours après f armée íè mit en marche.Elle étoit de douze mille hommes d’infanterie, de quatre mille che-vaux , & d’environ cent éléphans. Les Romains surent d abord sur-pris de voir les Carthaginois marcher «Sc camper dans la plaine, maiscela ne les empêcha pas de souhaiter d’en venir aux mains. Ils appro-chent, «Sc campent le premier jour à dix stades des ennemis. Le joursuivant les Chefs des Carthaginois tinrent conseil sur ce qu’ils avoientà faire. Mais les soldats impatiens s’attroupoient par bandes, & criantk haute voix le nom de Xantippe, demandoient qu’on les menât vîteau combat. Cette impétuosité jointe à fempreílement de Xantippe,qui ne recommandoit rien tant que de saisir l’occasion, détermine lesChefs: ils donnent ordre à f armée de se tenir prête, & permission àXantippe de faire tout ce qufil jugeroit à propos. Revêtu de ce pou-voir, il range Jes éléphans fur une simple ligne à la tête. Derrièreil place la phalange à une distance raisonnable. Des troupes mer-,cenaires, il en infère une partie dans f aile droite, & f autre composé
lent, à courir une autre fortune, pour se vangerd’un mépris dont ils se croient íî peu dignes.L’Histoire est toute parsémée de ces sortes d’é-xemples
Nous allons en citer un, qui ne s’y trouve sû-rement pas , dans ie seul dessein d’égaíer la ma-tière. Un Officier de par le monde, qui avoittrès-bien servi, & fait plusieurs actions dont íln’ avoit reçu aucune récompense, s’étant présenté'
au Ministre, qui ne l’avoit jamais vst,& qui nele connoissoit que par les lettres de ses Généraux ;cet Officier, dis-je, s’étant nommé, lui deman-da une grâce qu’il croioit avoir méritée. Vousêtes donc un tel, lui dit-il : Ouï, Monsieur, jefuis celui-ià même. Ah! vous êtes un te!, c’estdonc vous qui avez fait cela & cela? Ouï , c’estmoi, répondit-il. Ah!c’est donc vous, jenelepensois pas : vous êtes bien petit.