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Tome premier.
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i;8 HISTOIRE DE POLYBE,

Régulas, nous apprend que dans le sein même de la prospérité l’on doittoujours être en garde contre Finconlìance de la fortune. II n’y a quequelques jours que ce Générai dur & impitoiable ne vouloit se relâchersur rien, ni faire aucune grâce à ses ennemis, & (a) aujourd'hui le voi-là réduit à implorer leur compassion & leur clémence. On reconnoît en-core ici combien Euripide avoit autrefois raison de dire, (V) qu’unbon

(a) Aujourd'hui levailà réduit à implorer leurtmpasjíon b ^ eur clémence. ] Presque tous îes Hil-toriens qui ont écrit de cette guerre, font appoin-tés contraires avec Polybe. Ils différent tousentr’eux à réparti de ia mort d’Attilius Régulus.U n’est pas jusqu’aux Orateurs & aux Poètes quin’en aient parlé, entr’autres Cicéron & Horace.Le plus grand nombre prétend que les Carthagi-nois le firent mourir, plutôt par dépit, que pourtoute autre raison. Comme ils craignoient queles Romains ne revinssent en Afrique avec de plusgrandes forces qu’auparavant, ils envolèrent desAmbassadeurs à Rome pour avoir la paix, aus-quels ils joignirent Régulus, qui étoit leur pri-sonnier. Ils ne dou'toient pas qu'il ne travaillâtde toutes ses forces pour ia leur obtenir du Sénat,fa liberté en dépendoit absolument. Mais avantque de partir, ils lui firent promettre avec ser-inent qu’il reviendroit se remettre dans les fers,s’il ne réussissent pas. Ce grand homme étant ar-rivé à Rome, conseilla tout le contraire, &s’enretourna à Carthage comme il l’avoit promis. LesCarthaginois le firent mettre dans un tonneau gar-ni de longs clous, dont les pointespassoientendedans, dit Appicn ; on le roula cruellement dansce tonneau,où il mourut. Cicéron dans ses En-trétiens fur les vrais biens & fur les vrais maux.marque qu’ils ie firent mourir de faim. Dans sonOraison contre Pison.il oublie ce qu’il a dit ail-leurs. II parle d’ttn autre supplice. 11 prétendqu’ils le lièrent dans une machine, après lui avoircoupé les paupières. C’est apparemment celled’Appien dont il entend parler. I! n’est pas jusqu’áHorace qui n’en parle, en se moquant de la lâche-té des soldats Romains dans la bataille contreXantippe, & de l’infamie de ceux qui aimèrentmieux se rendre prisonniers que de mourir les ar-mes à la main. Car cen’étoitpas lacoùtumedansles armées Romaines, de rendre les armes poursauver leur vie. Jamais gens n’ontété plus mal re-çûs que ces prisonniers de guerre; & Horace nousdonne une leçon qui devroit tenir lieu de loi dansnotre milice. Cet excellent Poète ne nous ex-plique pas la nature de ce supplice d’Attilius. IIsavoit bien, dit-il, a quels tourmens il s’exposoit.Scìebat quts fibí barbants- tortor pararet. Florusmarque qu’il fut crucifié. Crucis Jupplicio defor-mata majejlas. Voilà de grandes contrariétés àP égard de la mort de ce grand homme. J’auroisété fort curieux de savoir ce que Tite-Live en a-voit dit. Polybe en avoit fan»doute parlé dans

son premier Livre, il faut qu’il y ait quelque cho-se de perdu, car où auroit-il pû le mettre qu’eiîcet endroit? II ne meparoît pas que les Cartha-ginois aient été assez insensés pour le faire mou-rir. Les Romains n’eussent-ils pas usé de répré-sailles furies prisonniers Carthaginois, qu’ijs a-voient en très-grand nombre? Je croirois plutôtDiodore de Sicile, qui fait évanouir tous ces sup-plices, qui font peut-être imaginaires. Voici ceque nous apprenons de cet Auteur fur la défaite& la prise d’Attilius Régulus,parXantippe,quicommandoit l’armée des Carthaginois. Les Ro-mains, dit-il, les défirent fur mer; ils prirentBostar & Amilcar dans cette bataille. Le Sénatles remit entre les mains de la femme &desen-fans de Régulus, pour les échanger contre lui ;mais fur ces entrefaites Attilius mourut en prison.Sa femme désespérée, fit mourir ses deux pri-sonniers , & pour se justifier el!e répandit le bruitqu’on avoit fait mourir cruellement son mari.C’est Palmetius qui fait cette remarque; mais je de-mande à Diodore , quel est cet Amilcar qu’on fitmourir? Ce n’est pas le fameux Amilcar, pered’Annibal, puiíqu’il fut tué en Espagne, & Polybe,ne dit pas qui commandoit la flotte Carthrginoisîdans cette bataille que les Romains gagnèrent a-près la défaite de Régulus. C’étoitquelqu’autreAmilcar, car ce nom est assez commun dans !'His-toire : je ne vois que des Amilcars partout, &jcn’en trouve pas un qui approche de l’Amilcar pe-re d’Annibal. Toutes ces variations des Histc*riens, touchant la mort de Régulus, me fontbeaucoup douter que cet événement soit tel qu’ijsnous le débitent. Je pancherois beaucoup ducôté de Diodore, à la bigarrure près.

(!>) Qu’tin bon conseil vaut mina qu’me puis*santé armée.] Cette maxime est très-vraie& tres-sage, de quelque sens qu’on la tourne. Le nom-bre & la valeur ne peuvent rien fans le conseil-Xantippe en est une bonne preuve; mais com-bien y a-t-i! de Xantippes inconnus dans les ar-mées , aufqueis bien de Généraux ont dû touteleur gloire. Qu’on ne me dise pas qu’il s’est trou-vé de ces derniers, qui ia doivent uniquement àeux-mêmes, à leur esprit, à leur bon sens, & à Dgrandeur de leurs connoissances ; outre que ceux-ci font d’une très grande rareté, & q.u’on ne lestrouve que par sauts d’un ou de deux siécles d’ist'terva!le;en ne s’apperçoit pas que les autres, &peut-être aticun, ne peuvent agir & faire mou-voir la roue pour la victoire, s’ils ne font aidés