Combatsanglantaux ma-fhines.
172 HISTOIRE DE POLYBE,
Carthaginois, il fut tellement enflamer leur zélé & leur courage,qulîscrièrent tous qu’il n’avoit qu’k faire d’eux lans délai, tout ce qu’il juge-rait propos. Le Commandant, après leur avoir témoigné qu’il leursavoit gré de leur bonne volonté, congédia rassemblée, & leur dit deprendre au plutôt quelque repos, & du reste d’attendre les ordres deleurs Officiers.
Peu de tems après il assembla les principaux d’entr’eux, il leur assi-gna les postes qu’ils dévoient occuper, leur marqua le lignai &c le temsde l’attaque, ordonna aux Chefs de s’y trouver de grand matin avecleurs soldats. Ils s’y rendirent à point nommé. Au point du jour onlè jette fur les ouvrages, par plusieurs côtés. Les Romains qui avoientprévu la chose, & qui se tenoient sur leurs gardes, courent par toutoù leur secours étoit nécessaire, & font une vigoureuse résistance. Lamêlée devient bientôt générale, & le combat sanglant. Car de la villeil vint au moins vingt mille hommes, & dehors il y enavoit encore unplus grand nombre. L’action étoit d’autant plus vive, que les soldatsfans garder de rang se battoient pêle-mêle, & ne fui voient que leur im-pétuosité. On eût dit, que dans cette multitude, homme contre hom-me , rang contre rang, s’étoient défiés fun f autre à un combat singu-lier. Mais les cris & le fort du combat étoient aux machines. C’étoitçe que les deux partis siéraient proposé dès le commencement, en pre-nant leurs postes. 11s ne se battoient avec tant d’émulation & d’ardeur,les uns que pour renveríèr ceux qui gardoient les machines, les autresque pour ne point les perdre:' ceux-là que pour mettre en fuite,ceux-ci que pour ne point céder. Les uns & les autres tomboient morts furla place même qssils avoient prise (sabord. 11 y en avoit parmi eux,qui la torche ìì la main, & portant des étoupes & du feu, fondoientde tous côtés fur les machines avec tant de fureur, que les Romains sevirent réduits aux dernières extrémités. Comme cependant il se faisoitun grand carnage des Carthaginois, leur Chef qui s’en apperçut, fitsonner la retraite » fans avoir pu venir à bout de ce qu’il avoit projet-té;& les Romains qui avoient été fur le point de perdre tous leurs pré-paratifs , restèrent enfin maîtres de leurs -ouvrages, & les conservèrentsans en avoir perdu aucun. Cette affaire finie, Annibal se mit en merpendant la nuit, & dérobant sa marche, prit la route de Drépane, oùétoit Adherbal Chef des Carthaginois. Drépane est une place avanta-geusement située, avec un beau port à six vingt stades de Lilybée,&-que les Carthaginois ont toujours eu fort à cœur de se conserver.