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Tome premier.
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173 HISTOIRE Dqu’elie couvrit de honte & cTignominie le Consul R.omain, dont Hconduite en cette occasion étoit inexcusable: car il ne tint pas à lui quefa patrie ne tombât dans de fort grands embarras. Aussi fut-il traduitdevant des Juges, & condamné à une grosse amande.

A toute la gravité antique. II n’y a point d’Au-teurs, ni même de Prédicateurs, qui ne la fou-rent dans leurs Sermons, & encore aujourd’huiil n’y a personne qui ne rcconnoisse & qui neredoute sa puissance. C’est la Déesse consolatricedes Généraux qui perdent une bataille; car ceuxqui la gagnent n’ont garde de lui en attribuertout l’honneur, comme faisoic Sylla : ils ne fontpas si modestes & de si bonne foi, quoique cesoit le tout que la fortune.

Je fuis bien sûr que Claudius ne manqua pas des’en plaindre, & de dire qu’il n’avoit rien négligédes moiens qui pouvoientle conduire á la victoi-re, si la fortune ne lui eut été contraire; mais leseonnoisseurs n’étoientpas si bêtes qued’en con-venir : ils n’attribuérent une défaite si honteusequ’à sa mauvaise conduite, qu’à son manque deprévoiance ; enfin à tout ce qui caractérise les Gé-néraux imprudens & malhabiles, & non à la for-tune, qui est un mot qui ne signifie rien.

Voilà quant à Popinion des Officiers habiles &éclairés. Jen’ai aucun garant de cela , jel’avouë ;

mais pouvoient-ils penser autrement, puisqu’ilsétoient les témoins oculaires de cette fouie de fau-tes & de sottises de leur Général ? Pouvons-nouspenser autrement nous, en lisant ce que notre Au-teur rapporte de cette bataille , dans le commen-cement, comme dans les fui tes, & dans la fin?Cela ne nous suffi t-il pas pour en faire le mêmejugement? Les dévots superstitieux de PatinésRomaine, car le Paganisme avoir les siens commenous avons les nôtres, & peut-être les Prêtres >qui étoient à la fuite de cette armée pour éxami-ner les auspices & pour les autres mistéres de Ilé-ligìon, se trouvant dispensés de faire l’analysede cette bataille, comme le sont auifi nos Au-môniers , ne rejettérent cette infortune du Con-sul sur rien moins qu© fur fa mauvaise conduite.C’est Cicéron qui nous apprend ce secret, histo-rique dans son Traité de la nature des Dieux,qu’il n’écrivoit pas fans rire, tant ifs étoient ri-dicules. It dit donc qnel’arrnée Romaine fe trou-vant assaillie de tous côtés par l’armée Carthagi-noise , au milieu d’une infinité d’écueils qui bor-dent la côte de Drépane, les soldats perdirenttoute espérance de se tirer de ce mauvais pas :

mais qu’ils avoient encore un plus grand sujetde désespérer de leurs affaires, c’étoit uu scru-pule de conscience, qui leur faisoit craindre lacolère & la vengeance des Dieux, à c;.use de latémérité du Consul, qui, au mépris de la Ré-ligion, non seulement n’avoit pas fait difficultéde combattre, quoique les auspices lui fussentcontraires > mais s’étoit encore moqué : car votantque les sacrés poulets ne vouloxent pas manger , Uavoit tout ausfi-tôt commandé de les j ester dms Ismer, asm qu’ils btíjsenttout leur saoul, puisqu' ils nevouloientpas manger. Suétoneprétend que ce sertirpuíe de conscience, & i'impiété de Ciaudíus,avoit tellement découragé les soldats, & dimi-nué leurs espérances pour la victoire, que celafut cause de. la perte de la bataille- Je le croisbien; on en perd tous les jours pour de bienmoindres que pour des poulets qui ne veillentpas manger. Quelqu'un de mes Lecteurs ne se-roit-il point curieux de savoir ce que c’étoit queces sacrés poulets? Je crois qifil s’en trouverabeaucoup qui désireront d’en être instruits.

II y avoit de deux fortes d’augures, les celestesqui embrassaient outre le tonnerre, les éclairs > !afoudre, tous ies autres phénomènes extraordinai-res: ceux de la seconde regardoient le vol des oi-seafix, & généralement presque toute ia volatille;mais les auspices qu’on droit des poulets étoientles plus graves: lorfqu’on avoit besoin de recourirà cette sorte dedevínation, on les laíssoítun cer-taine tems dans une cage fans manger : après celales Prêtres ouvroient la cage, & leur jettoientleur mangeaille; s’ils la béquettoient de bon appé-tit , & de leur propre mouvement, c’étoit un très-bon augure , & un très-mauvais s’ils la refusoient.Cette cérémonie se faisoit dés le point du jour,& dans un très-grand silence. Valére Maxime,Pline, & une infinité d’Auteurs, disent que lesRomains n’entreprenoientrien, ni dans le Sénat,ni dans les armées,qu’on n’eût auparavant con-sulté les sacrés poulets : quelle folie : ne diroit-onpas, à voir ces fortes de superstitions, que cesgraves Sénateurs n’avoient pas plus de cervelleque leurs poulets ? J’ai vil á Naples des supersti-tions mille fois plus ridicules & plus folles quecelles-là.