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Tome premier.
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I9 o HISTOIRE D E P O L Y B E,

sc reposent ,& s’endorment très-profondément pour tout le reste de la campagne,tarien faire, & fans tirer le moindre fruit de leurs victoires; & cette activité, qu’on re-marque d’abord en eux dans une action décisive, n’est qu’un feu de pc-u de durée quis’éteint & qui s’épuiíe. C’étoit le défaut du grand Annibal. On le souviendra ducompliment qui lui fut sait après la bataille de Cannes, il n’étoit pas fans fondement.Vincere scis Atinìbasfed vìSîoria uti nefeis. Rien ne Tempêtait de tirer droit à Ro-me, comme Adherbal, auteur du compliment, lui confeilloit après un si bon coup:s’il y eût marché, ne s’en rendoit-il pas le maître? En prenant ce parti il fe fùt dis-pensé de donner par la fuite tant de combats & tant de batailles, qui ne décidèrentjamais rien.

Gustave-Adolphe, un vrai Annibal, ne se rendit pas moins digne du complimentaprès la bataille de Lipfick: en allant droit à Vienne, il chassoit TEmpereur, effraie &consterné de la déroute de son armée presque exterminée. Ferdinand n’avoit pas plusde troupes à lui opposer, que les Romains n’en avoient à Rome. II négligea de le fai-re. S’il eût couru à cette conquête, il se fût épargné une grande journée, très-belle& très-glorieuíè, à la vérité, qui fut celle de Lutzen; mais il y périt: ce qui ne luifût pas arrivé, s’il eût profité de la précédente.

M. de Turenne difoit qu’il estimoit plus un Général qui confervoit un paî's,après une bataille perdue, que celui qui Tavoit gagnée, & n’avoit pas fû en profiter.II avoit raison. Ceux de cette derniere eípéce ne font pas rares. Apparuit nefeire eosyìcioria uti , dit Tite-Live ; mais ceux qui pouffent les avantages d’une victoire aussiloin qu’ils peuvent aller, comme M. le Prince & M. de Turenne,ne se trouvent paspar tout. D’où vient cela ? C’est que ceux dont la hardieílè n’a point de bornes, ontl’efprit borné k cet égard-lk, & que les autres, qui ont affez de génie, de capacité& d expérience, manquent de courage. 11 s’en trouve beaucoup encore qui voudroiententreprendre les choses hardies, mais très - peu qui osent les commencer, plutôt parignorance que par timidité : car la hardieíse, quelque grande qu’eîle puiílè être, n’estjamais dépourvue de cette capacité qui nous fait voir la possibilité de la chose qu’onentreprend.

II me semble pourtant qu’une victoire complette & décisive,qui laiílè la campagnetoute nuë, & fans une ame ennemie qui y paroisie, devroit nous faire courir au loin& au large, & produire un débordement d’un bout à l’autre d’un païs qui fe trouvefans aucune défense, ou nous mener à d’autres victoires: car une feule occasion est lasource de plusieurs autres, rien n’est plus sujet h propagation, & rien ne doit êtremoins négligé. Une entreprise qui s’offre à la fuite d’une autre, devient plus aiséeà exécuter, quoique plus difficile que ne Ta été la première ; c’est un sujet de crainte-,de terreur & d’étonnement au vaincu, & cette opinion applanit les difficultés, & lè-ve tous les obstacles.

Cartlialon étoit un de ces hommes rares dont j’ai parlé plus haut. II surprend laflotte Romaine, enlève quelques vaiílèaux,en brûle un nombre d’autres : il eût brû-lé le tout, si l’armée de terre ne fût venue au secours; il laiílè l’aífaire indécise , par-cc qu’il ne put la pouíîcr plus loin. II court à une autre que la fortune lui offre, &en vient à bout: voilà qui est d’un Capitaine qui a le génie, la capacité & le coura-ge de saisir les occasions qui fe présentent.

Se servir de Toccasion est une marque infaillible de Thabileté & du courage d’unGénéral d’armée. L’occasion, dit Tacite, est la mère des grands événemens. Oppor -.tunos magnis conatìbus transit us rerum. En effet une victoire décisive & complettenous conduit à une fouie d’entreprifes & de grands desseins, qui résultent tous dc la