204 - HISTOIRE DE F O L Y B E,
Cc n’cst pas feulement pour n’avoir pas prévu ce qu’il falloir foire lorsqu’on seroicarrivé: j’avoue que ce manque de prévoiance y entre pour quelque chose; mais ceque je vais dire en est la principale cause. Thucydide la laide là, ou pour mieuxdire, Fa écarté pour de bonnes raisons. II s’ennuioit dans son éxil, & redoutoit lapuiíknce & la violence des Prêtres de ses Dieux, & des dévots de fa réligion, quin’euflcnt pas manqué de le rendre suspect d’irréligion, & de lui interdire sa patriepour jamais : quoiqu’il n’eût été mis au ban de l’ostracisine que pour soulager l’en-vie & la jalousie de ceux qui n’étoient pas fi gens de bien.
Athènes fut de tout tenus livrée au pouvoir des dévots & des esprits superstitieux,& par conséquent vindicatifs, cruels & persécuteurs- Elle ne le cédoit pas de cecôtc-là aux Egyptiens. Quelques libertins, (car on ne fait pas fi Alcibiade, qui nefe contraignoit pas beaucoup fur le fait de íà réligion, & fur l’éxistence de tant deDieux & de Déeíles ridicules, fut de la partie:) quelques libertins, dis-je, échauffésde la débauche, & à 1a saveur des ténèbres, mutilèrent les statues de Mercure, ou pourmieux dire, des cubes de pierre qui désignoient ce Dieu, quelques jours avant que laHotte mît à la voile pour Fexpédition de Syracuse. Toute la ville fut en alarme, onn’en pronostiqua rien de bon: c’étoit pisqu’une Comète; on arrête une infinité d’in-nocens, pas un seul des coupables : car les dévots recherchent bien moins ceux-ci queles autres qu’ils n’aiment pas ; on soupçonna Alcibiade. On le laisîè pourtant embar-quer & partir, par lavis des bons Citoiens, qui reeonnoiíìoient queNicias, quoiqu’àk tête de cette grande entreprise, étoît beaucoup moins habile qu'Alcibiade qu’on luidonnoit pour Collègue.- Ses ennemis, qui fe soudoient peu du bien ou du salut de lapatrie, lorsqu’il s’agiflToit de satisfaire leur paflìon, formèrent un fi puiílànt parti cou-rre lui, sous prétexte de zélé de réligion, qu’ils firent rappelles cet habile Officierpour qu’il vînt fe justifier du crime d’impiété dont on l'accusoit. II n’eut garde defe livrer entre les mains de tels Inquisiteurs, il fe jetta dans le parti ennemi ; ce quifut l’unique cause de Finsorcune des Athéniens. Thucydide a donc tort de l’attri-buer h toute autre chose qu’h ce que je viens de dire. Ce qui doit apprendre auxPrinces & aux Républiques qu’il ne faut pas pouffer à bout un homme de cœur &tl’cfprit, qui peut se venger avec éclat.
j’ai sait k un écart un peu violent, ce me semble,, on me le paíîèra. Outre que-je me suis déja déclaré fur ces sortes de libertés, je le déclare encore, je ne fouroisme contenir dans ma marche r il faut que je m’en écarte quelquefois. Si l’on trouvecette conduite peu éxacte & contraire aux régies de k discipline des Auteurs réguliers»je ne foi qu’y faire. Les digressions plaisent & délassent, tout le monde le dit ; jeconsens que d’autres, qui ne sont pas de l’avis de tous le monde, désapprouvent cet-te espèce de libertinage: ils ne feront pas pancher la balance. Je dois m’accommoderà toutes sortes d’eíprits, & éviter fur toutes choses 1a séchereíîè,. dont les matièresque je traite ne font que trop susceptibles.
§- IV.
Les Romains rétablissent leur marine. Avantages qu'ils en tirèrent , & dontmus nous sommes privés en ne les imitant pas.
L Es Romains furent-ils plus heureux que les Athéniens à Fégard de leur marinependant le cours de k première guerre Punique? Ils perdirent deux ou trois foisdes iiottes entières par k tempête. Rien de plus triste & de plus effroiable que ce quePolybe nous en apprend. La-perte des vaiiìèaux n’cst rien en comparaison des équipa-