One le coup â'œìl militaire produit le grand & le beau (Tune guerre. Qu’il p ems acquérir par f étude S Tapplication. Erreur de ceux qui prétendent que c est.un présent de la nature.
C ’Est le sentiment général que le-coup d’œil ne dépend pas de nous, que c’est unprésent de la nature, que les campagnes ne le donnent point du tout, ôcqu’enun mot il faut rapporter en naissait, fans quoi les yeux du inonde les plus perçans nevoient goûte, & marchent dans les ténèbres les plus épaisses. On se trompe, nous avonstous le coup d’œil, selon ìa portion d’esprit & de bon sens qu’il a plû à la Providencede nous départir. II naît de l’un & de rautre, mais l’acquis l’affine & le perfectionne,& l’expérience nous l’asiure. On voit par les actions & la conduite d’Amilcar, qu’ilì’avoit très-bon & très-fin, parce qu’il possédoit toutes les qualités qu’on demande pourle coup d’œil, & dans le plus haut point de perfection, où peut-être jamais Général lesait poussées, comme on le peut remarquer dans cette guerre d’Eryce, & plus encoredans celle des soldats rebelles d’Afrique.
Avant que d’entrer dans l’explication de la méthode dont on peut se servir pour ac-quérir ce talent, qu’on croit fauílèment être un don de la nature,il est néceílàire d’endonner la définition. Le coup d’œil militaire n’est antre chose que l’art de connoître lanature & les différentes situations du pais où l’on fait, & où l’on veut porter la guerre,les avantage s ■& les désavantages des camps & des postes que l’on veut occuper, commeceux qui peuvent être favorables ou désavantageux à l’ennemi. Par la position des nô-tres, & par les conséquences que nous en rirons, nous jugeons sûrement alors des des-seins présens, & de ceux que nous pouvons avoir par la fuite. C’est' uniquement parcette connoistànce de tout un pais, où l’on porte la guerre, qu’un grand Capitaine peutprévoir les événemens de toute une campagne, & s’en rendre pour ainsi dire le maître;car jugeant par ce qu’il fait de ce que l’ennemi doit nécessairement faire, obligé qu’il estpar la nature des lieux à se régler sur ses mouvemens pour s’opposer à ses desseins, il leconduit ainsi de camp en camp, & de poste en poste, au but qu’il s’est proposé pourvaincre. Voila en peu de termes cc que c’est que le coup d’œil militaire, fans lequel ilest impossible qu’un Général puisie éviter de tomber dans une infinité de fautes d’uneextrême conséquence; en un mot, il n’y a rien à espérer pour la victoire, fi l’on estdépourvu de ce qu’on appelle coup d’œil y la guerre ; & comme la science militaire estde la nature de toutes les autres, qui demandent l’uíàge pour les bien posséder dans lesdifférentes parties qui la composent, celle dont je traite ici est une de celles qui demandent la plus grande pratique.
Philopœmen, un des plus grands Capitaines de la Gréce, qu’un illustre Romain ap-pella le dernier des Grecs, avoir un coup d’œil admirable : on ne doit pas le considéreren lui comme un présent de la nature, mais comme le fruit de l’étude, dc l’application,& de son extrême passion pour la guerre. Plutarque nous apprend la méthode dont il seservit pour voir de tout antres yeux que de ceux des autres pour la conduite des armées.Le passage mérite d’être rapporté. „ II écoutoit volontiers les discours, & Híbic les trai-„ tés des Philosophes, dit î’AuteurGrec: non tous, mais feulement ceux qui pou-„ voient l’aider à faire des progrès dans la vertu. Dé toutes les grandes idées d’Homére,„ il ne cherchoit & ne retenoit que celles qui peuvent éguiser le courage, & porter„ aux grandes actions. Et pour toutes les autres lectures, il aimoit fur tout à lire les„ traités d’Evangelus, qu’on appelle les Takìiques , c’est-à-dire l’art de ranger les trou-
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