Band 
Tome quatrieme.
Seite
36
JPEG-Download
 

íè rendre en Afrique. Celui-ci s’y prit cTabord avec tant d’impétuoílté ,fit des préparatifs si formidables à Lilybée, assembla de tous côtés degtroupes si nombreuses, qu’on eût dit qisen débarquant il vouloit met-

plus de grandeur d’ame, phis d'habíleté & dchardiesse dans celle de ce dernier que dans celledes Romains.

Je répondrai à cela que la guerre d’Annibâl àquelque chose de plus éclatant par rnport à laPuissance que ce Général attaque, & à l’idéea-vantageufe que nous nous formons des Ro-mains : au lieu qu’Agathocles n’écoit qu’un petitRoi de Syracuse, & cependant ce petit Roiréduit à l’extrémité & à sa seule ville capi-tale, assiégée par les Carthaginois, a le couraged’en sortir & de s’embarquer pour aller atta-quer ses ennemis dans leur propre païs à la têted’une petite armée, & oblige les Carthahinoisd*abandonner la Sicile pour courir au plus pres-sé. Je demande si cette diversion du Roi deSyracuse n’est pas infiniment plus admirable quecelle des Romains. Cependant celle de ces der-niers n’est pas celle qui sauva Rome, qui déli-vra ritalie.,, & qui obligea les Carthaginois derappeller Ánnibal. II paroìt par cette premièrediversion que les Romains manquoient de bonsGénéraux. On s’en apperçoit assez par la mau-vaise conduite & te peu de hardiesse de Tibé-rius, qui avoit assez de troupes pour faire uncoup d’édat en Afrique, .comme fit AgathocicsAvec des forces & une flotte beaucoup moins re-doutables, & sitns aucune autre ressource: car sice dernier eût été battu, il n’avoit plus alorsrien à perdre.

Je ra’étonne que cette diversion des Romainsni t-été réduite à rien-. Polybe dit qucTibériustut inccssimmtntrappsllé d’Afrique, lorsque leSénat fut informé qu’Anniba! étoit déja entré dansl’Jtalie. A l'égard dcl’Efpagne , les Carthaginois"î'y étoient si bien précautionnés , qu’ils ne bé-tonnèrent pointée la descente des Romains dansce païs-là. Ils y nvoîent un grand nombre depinces fortes Stsse bonnes alliances , de forte qu’ihfallut toute l’habileté d’un grand Capitaine pourréussir dans cette guerre, & un grand nombre decampagnes considérables pour s’y affermir si for-tement , qu'on pût entreprendre fur l'Afrique parune diversion qui obligeât le Sénat de Carthagede rappeller Annibal. Mais cette diversion ne seu t que vers la fin de la guerre Fendant tout ce*fms - là les Carthaginois demeurèrent en repos à! t faVeur de lenrs armées navales. Dès qu’ilss’appcrçùrent que les Romains avoient des des-seins fur l’Afrique,par 1 entreprise manquée deFibérius, ou plutôt par son rappel, ils songèrentà augmenter leurs forces navales, òc à porter laguerre dans la Sicile & fur les côtes del’Italie.

Les bonnes diversions font celles qui fe fontdès le commencement de la guerre, & au uio-ment qu’on s’apperçoitque Penne mi entre dansiìotie p aïs. Celle qu’on tire d’un coffre fors ne

font pas moins efficaces. Telle fut.celle de C.i-non dont j’ai déja parlé. Mcmnon proposa à Da-rius toutes ìes deux ensemble. II avoit très-biendébuté en semant beaucoup d’argent parmi lesGrecs,& par là difœrde, asin de faire un par-ti contre Alexandre. 11 prétendoit joindre à cetor une bonne armée, qu’il étoit résolu de setterdans la Macédoine, où il n’eût pas moins trouvéde gens avides de l’or des Perses, & capables dcformer un puissant parti. I.a ruine de Tbébes;& i’oppresiìon des Grecs, n’avoient que trop ai*gri ìes humeurs. C’étoit le plus sûr expédientque le Roi de Perse pût prendre pour se délivrerd’un ennemi aussi redoutablequ’Alexandre, quiétoit à la tête d’une armée aguerrie, bien disci-plinée, & capable de tout oser & de. tout entre-prendre.

Agésilas ne fe trouva jamais assez puissant pourles grands desseins. 11 étoit cependant en état degagner des batailles, quelque infériítir qu’il fût,& d’être toujours maître de la campagne; matsfa foi blesse le dispfnfoit de s’en atfûrèr par h: prisedes places fortes II n'eùtsçst comment s’y pren-dre .outre que les Lacédémoniens n’cntendokntrien dans cette forse da guerre. J1 faut une ar-mée nombreuse pour- résister- contra les ennemisdu dehors comme contre ceux du dedans, fanscompter les chicanes qu’on peut rencontrer enson chemin , où Ic nombre fait beaucoup, & furtout iorfqu’un. habile homme s’en mêle. La ié-putation & la grande capacité de Mcmnon n’é-toient pas moins connues des Macédoniens qu’cl-les Tutoient des Perles; ç’en étoit assez pour in-spirer à ceux ci tout ic courage & la confianceimaginable, & pour les changer cn tout autreshommes. 11 y parut au passage du Graniqus.Cela n'cmpêeliui'. pas que Memncin ne s’en déliâtbeaucoup qu’il ne fût presque assuré que tou-te leur valeur ne suroît que reboucher contre lesphalanges Macédonienne & Gréquc- ■ Car lerC-qu’on délibéra fur ic parti qu’on avoit à pren-dre, quand Alexandre eût passé l’ilélespont,- ilfucd’avis qu’on brûlât & qu’on ruinât toutes Iesfrontières, Lqu’on ne f k qu’tui desert de c- bctvupaïs.aíln que i’ennemt ne pût pas avancer fautede subsistance ,£c d’embarquer tout ce qu’on avoitda troupes J’oiitepcur les transporter dans la Ma-cédoine. Toute la Grèce. jalouse de fa liberté,cc mécontente depuis longtems, souffroir avecassez d’impaticnce la domination òt t’orgueii desMicédoniensjellese seroitd’autant plus aisémentdéclarée en faveur des Perses, que Memnon avoitchea eliedegrandes intelligences par Ies grandessommes qu’il y avoit fait passer. II avoit déjafait des prépara tifs extraordinaires, & dressé unegrande flotte pour cette entreprise. De tous lespartis que les Perses pussent jamais prendre,ce-