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Tome quatrieme.
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L 1 V R E IIL CHAP. IX. 61

N’efl-ce pas là visiblement débiter des fables & se contredire? Car ceGénéral n’eût-il pas été le plus inconsidéré & le plus étourdi des hom-mes , s’il se sût mis en marche à la tête d’une armée nombreuse, L surlaquelle il sondoitles plus belles espérances, fans sçavoir ni par où il de-voit aller, ni la nature des lieux où il passeroit,ni les peuples chez quiil tomberoit? 11 eût été même plus qu’inconsidéré s’il eût tenté une en-treprise, qui non seulement n’étoit pas raisonnable, pas même possible.D’ailLeurs conduisant Annibal avec une armée dans des lieux inconnus,ils lui font faire, dans un teins où il avoit tout à espérer, ce que d’au-tres (seroient à peine, quand ils auroient tout perdu sans ressource, «Scqu’ils seroient réduits à la dernière extrémité. Lorfqu’ils nous disentencore que dans ces Alpes ce ne font que déserts, que rochers escarpés,que chemins impraticables, c r est une Fausseté manifeste, Avant qu’An-nibal en approchât, les Gaulois de dessus le Rhône avoient passé plusd’une fois ces montagnes, & venoient tout récemment de les passerpour se joindre aux Gaulois des environs du Pô contre les Romains.

dans la tête d’un Auteur aussi sensé & aussi plein- comme des prodiges, ou qu’il prend fur le piedd’esprit que Tite-Live? Je suis très-persoadé du de pronostics, seroient aussi fréquens que les cf-pouvoîr de son vinaigre fur un morceau de ro- sets naturels. Quelle étrange absurdité! dit uncher après neuf ou dix ans d’infusion. On voie Philosophe,

dans Juvénal qu’on faisoit sauter les rochers II n ! y a rien de plus utile'aux mortels, ditavec du vinaigre, & montem nipit aceto; mais Euripide, qu'une sage incrédulité : j’ajOuterai ti-Juvenal étoit un Poète, ct ceux de cette pro- ne autre maxime à celle-ci, que c'est un très-fession ont été de tout teins en droit'dè nous grand mal qu’une aveugle & sotte crédulité. Jedébiter des folies & des sornettes. Mais un His- n’ai garde de trouver à redire à ceux qui croienttorien grave, tel que Tite-Live, dans un cas naturelles toutes les choses qui arrivent tous lescomme ceiui-Ià, atiroit pû se dispenser d’une si jours, ct que l’Historien’Romain nous donne eiï-grande dépense, & de porter la prévenance du titre de prodiges ridicules. Mais-quant aux au-Général Carthaginois fur un plus grand amas de tres,qui pourroit s’empêcher d’en rire? 11 fautvivres qu’il ne fit. L-’Abbé Lafemas a traduit eu avoir bien mauvaise opinion des hommes pourburlesque ce s mots de Juvénal. s’attendre qu’ils ajouteront foi à tant de fadai-

ses qu’on leur ose débiter comme des choses bienOxicratant dts monts les épaules majsives certaines. Lss Historiens des derniers siécles ne

sont pas exemts de ce défaut. Peut-on rien iina-L’Ecrivain Latin estd’un burlesque achevé par giner de plus sottement crédule que là plûpartla gravité avec laquelle il nous débite, je ne dis des anciens Moines Historiens, quoique souventpas les choses les plus incroiabies & les moins l’on y trouve d’exceilentes choses, qui dédotn-iensées, dont son Histoire est toute remplie, magent amplement du cems que l’on perd à !ámais une infinité de choses ridicules qu’ti nous lecture de leurs historiettes? De quelle corruptiondonne en titre de prodiges : telles que sont une de crédulité & de simplicité n’ont-ils pas inondésouris qui aura rongé un soulier, tel un essain l’Histoire? Dans ce qu’ii peut y avoir dé Vrai,d’abeiiies quis’arréteru fur un arbre, tel un loup ils l’ont assaisonné souvent de prodiges & d& mi-qui fera entré dans une ville, le débordement racles* imaginaires, tels que ceux dont I ite-Lived’une rivière, & une infinité d’autres choses de nous régale avec profusion. Les esprits simples,cette espèce, toutes plus ridicules ct plus im- sots & superstitieux prennent tous ces contes depertinentes ies unes que les autres. J1 adopte st vieilles pour des vérités indubitables. Ilsnepeu-à pur 6: st à plein le dogme des présages-, qu’il vent s’imaginer qu’un Ecrivainfous cet habit,n’y a point dô vieille, point de nourrice, point voulut en faire accroire, ct cependant ces bonnesd’enfant qui puisse le pousser plus loin. En li- gens trompés eux-méraes les premiers- croioientfan t toutes ces sottises, on se persuade aisément rendre service à Dieu en le faisant. I.esgens d’es-qu’il reconnoissoit que Dieu preduisoit par mi- prit qui ont la patience de lire ces Auteurs, pourracle tous les eftPcts naturels. Le rat qui ronge tâcher» de débrouiller le vrai d’avec la fable, rient-k soulier, le loup qui entre dans une ville,, ct de ces puérilités.

Lille autres choses de cette pâture qu’il regarde

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