76 II í S T O I R E D E P O L Y B E,
avançoit. II prie ces précautions en certaines occasions ; mais il les négligea dans celle-ci, s’étant sié un peu trop légèrement fur la foi de ces peuples. 8 'il eût eu affaire a desgens qui cuisent connu leurs avantages dans des détroits, où la supériorité du nombreest tout comme rien, il couroit risque de rendre cet endroit célébré par fa défaite. IIfe tira de ce mauvais pas par son adresse & par le courage extraordinaire de fes troupesréduites dans la triste nécessité dc- vaincre ou de mourir à la peine. Car dès qu’il fe vitengagé dans ce défilé ,& qu’il s’apperçut qu’il n’avançoit pas,il courut fe rendre maî-tre des passages en-delà ; soit que les ennemis les eusiènt négligés, ou qu’ils y fuíïònten petit nombre. Quoiqu’il en soit, il s’en rendit le maître. Si les montagnards leseusiènt occupés, ou qu’ils les eussent mieux défendus, Annibal bornoit la son entrepri-ses il fe fût vû dans la nécessité de retourner fur fes pas, démarche honteuse & plei-ne de danger. Je doute même qu’il eût pû reprendre le chemin de l'Lfpagne, car ií*eût trouvé un nombre infini dtabstacles, & les peuples qu’il venoit de quitter autre-ment disposés; & quand même il auroit fait une retraite honorable, fa réputa-tion n’eti eût pas moins foussert.
II ne négligea rien pour fè tírc-r d’un défilé si embarrassant, il ne cherchoit pasTenne-mi: au contraire il tdchoit de l’éviter autant qu’il lui étoit possible; mais comme ta-pais étoit un peu plus ouvert vers une demie marche de la vallée de Praîelas, il eut la.précaution de prévenir les ennemis aux postes tas plus favorables à fá marche. II fcntoicassez qu’il feroit attaqué à Ion arriére-garde, c'est pourquoi il s’v porte en personne,après avoir donné ordre à la cavalerie ( 2 ) & à son infanterie légére (3) de marcheravec tas bagages, dont ils dûrent couvrir la marche. Annibal suivit avec tout ce qu'ifavoit d’infanterie d’clite, ce qui sit son salut. Les ennemis qui épioient l’occulìon del'attaquer avec avantage dans ces détroits, descendirent de leurs montagnesrempli-rent toute la vallée de lèur nombre, où ils se mirent en bataille selon la méthode de cestems antiques, qui n est p :s li mauvaise qu ’011 diroit bien dans ces lieux referrés, c’est-à-dire qu’ils fe rangèrent en phalange ( 5 ). Us jettérent 1 e reste ( 6 ) de leurs gens furtas hauteurs, d’où ils slrent rouler une grêle de pierres & de roches entières fur lestroupes Carthaginoises. Annibal volant qu’ií alioit être attaqué, fait a'te. fe met enbataille dans l’ordre (r), & remplit toute la vallée dé fes troupes. L'Auteur ne nousapprend rien de la disposition des Carthaginois. L'affaire me paroît si Considérable,que j’ai cru devoir bazarder mes conjectures, que j’emprunte de la nature du pais,q>.ta Pólybe décrit parfaitement. II est fort vraisemblable qu’on fe rangea de part &d’autre dans 1e même esprit. On ne pouvoit fe former autrement dans un détroit quine souffre pas qu'oir fe range fur plusieurs ligne;', mais fur une feule & fur une'grande profondeur.
11 ne tarda pas d'être attaqué avec toute la valeur 6 : la hardiesse possible. Le com-bat fut également bien soutenu des deux côtés. íi dut être fort opiniâtré, puisqu'An-nibal lut obligé de paííèr la nuit fur un rocher ave-c fes pesamment armés, pendant quê-ta reste de l’on armée profuoit des avantages de la nuit pour i'e tirer de ces lieux dange-reux. Tous les Historiens font unanimes fur ce point, qu’Annibal fut réduit aux'der-nières extrémités : son grand cœur & la valeur extraordinaire de fes troupes réparèrent'la faute du Général, qui fut attaqué de front, ainnr beaucoup de désavantagé, & ac-cablé h les flancs par une grêle de grosses pierres qu’on íàifoit rouler fur lès gens du'sommet des hauteurs, où il avoir appuie lès aìlc-s. 11 est difficile de croire que ces dés-avantagés n'aient été accompagnés de quelque défaut de prevoiar.ee. La nuit qu’An-nibal paílà fur son rocher, fut fans contredit la plus mauvaise & la plus inquiète que ce'Général ait jamais passé. II lè tira pourtant'de ce mauvais pas: un fécond de cette.