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Tome quatrieme.
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ï6o HISTOIRE DE POLYB'E,permettoit pas d’arïêtçr pour se guérir., ..cet accident (a) lui fit perdreun œil.

(V> Et cnmme la eonjntiBure ns lui permettoit pas£ arrêter pour ft guérir, cet accident lui fit perdreun ««/.] Je vois dans l’flistoire un assez bon nom-bre de grands Capitaines manchots & boiteux,presque aucun bossu, peu de borgnes, & un bor-gne (o) qui devient aveugle, & qui dans cet état,fans quitter partie, ne laisse pas que de remporterde grandes victoires: nepouvant plus voir par lesyeux du corps, il voit très-clair des yeux de l’ef-prit. Dans cette note il ne s’agit que des borgnes.Annibal est de ce nombre, if perdit un œil parun mal dont il eûtpû se faire guérir, s’il lui eûtété permis d’arrêter : mais comme il mareboitcontre un aveugle; ctqu’il n’eut presque jamaisque de telles gens en tête, on ne doit pas s’éton-ner s’il en fut toujours le maître. Voilà un bor-gne célébré. II était grand,Guerrier avant cetaccident, comme le fut Philippe Roi de Rlacé-. doine & pére.d’Alexandre le Grand : autre borgnedont la renommée n’est pas petite. Que s’il n’apas surpassé son fils par le brillant deses actions,il étoit du moins plus solide dans les siennes; ctcomme il eut assairc à des ennemis braves &aguerris, & non à des Perses efféminés, fans ex-périence & fans intelligence de la guerre, & queses desseins étoíent plus profonds & pins diffici-les, nous dirons que le fils fut .un grand Gonqué-rant, & le père un grand homme. Te conclus delà que le père est fort au dessus du fils.

L'èborgneiie dc Philippe, (que la création dece mot me.soit.permise.) est plus glorieuse quecelle d'Annibal : il perdit un œil au siège de Mé-tjrone, une flèche fit ce coup-là, & le nom & lepars de celui qui k lui tira font venus-jusqu'ànous .11 s’appelloit Aster, il étoit d’Amphipolis.S’il eût crevé un œil à tout autreqtt’à un Roi,il nous scroit inconnu. L'adroit archer sçavoitbien â qui il droit, car il avoitécrit sur k flè-che : à i’teildroií de Philippe. 11 leîuicréva effec-tivement, le. tout par pure vengeance. 11 est bonque le Lecteur curieux soit informé de cette a-vamure, elle est singulière. M. deTourreil l’a in-sérée dans ses Remarques fur les Harangues deDémosthéne. *4fie r s’etoit offert à lui fur le piedexcellent tireur, qui ne manquait pas les oiseaux,lorsqu’ils voioient même le plus vite. Philippe luirépondit: Eh bien, je vous prendrai à mon ser-vice, lorsque je ferai la guerre aux étourneaux.La railla ie piqua au ,vif l’arbalestrier. II ft jettadans Méthone , U pwouva cruellement qu'ii Jçavoitbien tirer. Un homme comme celui-là ne méri-toit pas d cire méprisé. Philippe se moque delui, & pour dire un bon mot il lui en coûte soneeii droit. Relie leçon pour les Princes, qui leurapprend qu’on ne doit jamais offenser un bravefcomtne par des railleries, car il leur en coûte

(0 7, fc a .

bon quelquefois. DemetriusPhalerusnous apprend ,continué ssourrei!, P/riffxpe depuis eut la fai-blesse de se fâcher toutes les fois qu’il échafoit áquelqu’un de prononcer!! mot de Cyclope, au feu-lement le motd’œil- On ne rougit-pourtant guiretd’un défaut honorable. Une femme Lacédémimiennepensait, plus en homme , lorsqu’elle difoit à son filsboiteux d’une blessure glorieuse: ,, Va, mon fils,

.„ tu ne sçaurois faire un pas, qui ne te fasse sou-„ venir de ta valeur”. Je crois que lessouveniren est doux à un boiteux, ct môme à un borgne,hors à Philippe; ce qui me surprend extrême-ment dans un homme d’efprit te!.que ce Prince.Je ne doute point qu’ii ne se fit peindre de pro-fil. Annibal étoit borgne ; quelqu’un S’avisa dele peindre & de lui mettre deux yeux: il s’enfâcha très-fort, ct lePeintre.n’eut pas lieu d’êtrafort content; mais celui nul le peignit en profilfut amplement récompensé: ce qui me feroicsoupçonner qu’ii étoit un peu fâché d’être bor-gne. II ne vouloir pas qu’on mentît ouverte-ment pour lui plaire ; mais il souffroit volontiersqu’on couvrît ce défeut-lá.

J’avouë franchement que le mot d a sourd,prononcé haut ct clair ct bien distinctement àun homme qui l’est beaucoup, l’attriste au delàde tout ce qu’on peut dire, s’i! ne se fâche. Un.Officier de mes amis,qui i'étoit devenu par uncoup à la t.êto, s’attristoit & se chagrinoit extrê-mement ,1e ce défaut honorable. -Quoi de pluscruel, disoit-il, que de ne pas entendre.un motde ce qu’on me dit, ni de ce qu’on dit de bondans une conversation , & de répondre souvent. er. coq à-l'âne! L’on se moque de moi; ct l'onn’a pas tort. Ces sortes de blessures fout cellesqui font le moins supportables, & qui fournissentle plus de matière de plaisanter des coqs-à l'âruiqu’elles produisent. Revenons à Philippe.

Si ce Prince se fâchoit à la seule prononciationdii mot de Cyclope, il n’est pas possible qu’ii nese fâchât aussi du mot de Vulcain, car il étoitboiteux. Nous sçavonsque le terme de boiteuxle mettoit de mauvaise humeur tout comme Pau-tre. II fut blessé d'un trait dacs la cuisse à la ba-taille contre les Trìballes, ct blessé avec tant deviolence, que le coup tua son cheval. Je ne sça-vois pasqu’il fût manchot, c’est Démoslhér.eqiii.me l’apprend dans son Oraison pour laCourunne.Je voiois Philippe borgne, boiteux, manchot, ftprécipiter à corps perdu dans les hazards, & leuriivrer entièrement fa personne, asm qu’une moitiéde lui mime survécût à loutre. Voilà trois sujets.de fâcherie pour ce Prince si étrangement défi-guré. Je ne sçai s’il n’y en avoit pas un quatriè-me, ct s’ii n’étoit pas un peu cocu. Il I’étoit au-tant, ct même plusqu’aucun autre de son Roinu-mc. 11 paroìt que la blessure qui îe rendort boi-teux