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Tome quatrieme.
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262 HISTOIRE DE P O L Y B E,

& les ennemis destitnés de tous les secours qui pou voient leur venir de Carthage & descôtes de l’Espagnc: ce qui rompit toutes leurs mesures àl’égarddela mer,& renversaleurs desseins lur terre. Ajoutez la consternation & le découragement, qui font tou-jours une fuite des mauvais succès & le pronostic d’une campagne malheureuse. Erteffet les Romains,qui auparavant n’ofoientparoître en campagne, ni rien entreprendrecontre des forces si supérieures, augmentèrent tellement de courage & de hardiesse, qu'ilsosèrent bien passer i’Ebre, que les Carthaginois regardoient comme le seul rempart quipouvoir les couvrir contre les entreprises de leurs ennemis.

5e ne puis m'empêcher de faire ici une remarque touchant la conduite d’Afdrubal,qui commandoit les forces de terre. Ce Général, qui se rendit autant célébré par sesdéfaites, que son frère (a) le fut par ses victoires, fit voir à l’ouverture de fa cam-pagne, comme dans la .fin, qu’il méritoit fans injustice la réputation d’un Capitainetrès-médiocre & mal entendu. Quel dut être son dessein lorsqu’il se porta sur l'Ebreavec un si nombreux appareil de forces de mer & de terre ? N’étoit-ce pas de traversercette rivière, d’attaquer les Romains qui étoientà l’autre bord, & de les chasser decette partie de TEspagne dont ils s’étoient rendus les maîtres, ou de les obliger mal-gré eux de courre les riíques d’ime bataille rangée, avec des forces très-inférieures,ou de perdre toutes leurs conquêtes'? Scipion s’étoit si bien retranché qu’il écoit difficilede le forcer dans son camp, dira-t-on: d’accord ; mais qui empêcnoit Afdrubal dese planter vis-à-vis, pour lui ôter tout moien de monter sur sa flotte, & de la renfor-cer de troupes de combat, dans la crainte de s’afloiblir fur .terre ,& cependant envoi ecla sienne contre l’ennemi, qu’il eût trouvé dénué d’une partie de ses forces, & qu’il«ût infailliblement battu? Au lieu qu’il s’amulà fur l’autre côtédu fleuve , où il don-na le tevns à l’ennemi de profiter de son inaction, & des conjonctures favorablesqu’un habile Général n’a garde de laisser échaper. Passons aux moiens de réglé &de conduite que nous croions qu’un habile Général doit suivre dans cette forte deguerre.

Deux choses peuvent nous déterminer à attendre l’ennemi dans un détroit, ou dansl’embouchure d’une rivière, lorfqu’on est maître des deux bords. La premiere, c'estnotre foibleíse, qu; nous empêche de lui aller au devant & de le combattre en pleinemer, où 3e nombre des vaisseaux íàic tout, avec une égalité de valeur & d’expérience.La seconde, c’estqu’en l’attendant dans un endroit resserré, on n’a rien à craindre dunombre. On se trouve dans un égal avantage, fans qu’il loit possible à l’ennemi denous doublc-rà nos ailes, qui appuient fur les deux bords; tout ce qu’il peut faire,c’ell de combattre fur plusieurs lignes redoublées, ce qoin’est pas fans quelque défaut ,ou pour mieux dire il y a mille inconvénient à craindre si le temschange, ou qu’eliesviennent à se mêler, à confondre leurs distances & às’tntrc-choquerparquelqueautreaccident, que st cela n’arrive pas, elles ont cet avantage de combattre successivement& tour à tour les unes après les autres. Cela étoit assez aisé du tems des Anciens, Ôiparticulièrement à leurs bátimens, qui étoient tous à rame;mais aujourd’hui;quel’ar-tilierie est en usage, ces fortes d’actions font délicates & dangereuses ; & si l’ennemìse précautionne des deux côtés du rivage,il semble qu’il y ait de la témérité del’atta-quer, s’il sçait bien profiter de cet avantage, qui seul peut décider de ces sortes d’en-treprifes & ruiner une armée :car en établissant de bonnes batteries &en grand nombrefur les deux bords. & qu’elles soient soutenues d’un corps considérable de troupes pourempêcher une descente ; qui douce que l’ennemi ne s’expofe à voir couler bas ou brûlerune partie de.sa flotte, fl l’on tire à boulets rouges? Si l’on craint une-defcence* pen-sa) sinniòn'i,