L í V R E VI. CHAP. VIII. 29
se pour honnête 6c pour légitime. Enfin la Magistrature chez eux estannuelle, 6c s'exerce comme dans le Gouvernement populaire. Cesdeux Républiques font donc entièrement opposées Tune à Pautre,& jene conçois pas comment ces Historiens ont pu dire qiselles se ressem-bloient. Je leur passe de n’avoir pas apperçu ces différences ; mais aprèsavoir montré fort au long'que Lycurgue est le seul Législateur qui aitbien connu d’où dépendoit la force 6c la durée d’un Gouvernement;que toute République ne se soutenant que par la valeur dans la guerre& surdon parmi les Citoiens, Lycurgue en bannissant de la sienne ledésir des richesses en a banni ausiì la discorde & la dissension; & quec'étoit pour cela que le Gouvernement de Lacédémone semportoit surtous les autres de la Grèce: voiant au contraire que chez les Candiotsla passion des richesses y produit, je ne dis pas feulement des divisionsparticulières, mais encore des séditions générales » des meurtres 6c desguerres civiles, comment malgré une différence si considérable ont-ilsosé dire que ces deux Gouvernemens étoiént semblables ? CependantEphore traitant de ces deux Républiques en parle en même termes, àfexception de noms propres, ausquels, si son manque de faire atten-tion, on ne sait plus de laquelle des deux on doit l’entendre.
Après avoir prouvé le peu de rapport qu’ont ensemble ces deux Gou-vernemens , faisons voir maintenant que celui de Crète n’est digne nid’être loué ni d’être imité. II me paroi t que toute République est fon-dée fur deux choses, les loix 6c les mœurs, & que de là dépend sesti-me ou le mépris que son fait de ses forces èc de íà constitution. Or lesloix 6c les mœurs que son doit préférer, sont celles qui rendant la viedes particuliers innocente & irréprochable forment tout un Etat à l’hu-manité & la justice: au lieu qu’on doit rejetter celles qui produisent deseffets tout contraires. Comme donc on assíire hardiment qu’un Etat &les membres qui le composent sont justes, lorsqu’on y volt des loix &des mœurs justes; de même quand on voit régner l’avarice parmi lesparticuliers, & l’Etat se porter à des actions injustes, on est bien fon-dé à dire que les loix y font mauvaises, que les mœurs des particuliersy font déréglées, que tout l’Etat est méprisable. Jugeons maintenantdes Candiots par ces principes. Si vous les considérez en particulier, ilest très-peu d’hommes qui soient plus fourbes & plus trompeurs:si vousregardez l’Etat, il n’en est point où l'on prenne des desseins plus injus-tes. C’est donc avec raison qu’après avoir nié que ce Gouverment fûtsemblable à celui de Lacédémone, nous le rejettons comme n'étant nisl choisir ni à imiter.
11 ne seroit pas juste non plus de proposer ici la République de Pla-ton „ quoique certains Philosophes la vantent beaucoup. Car commedans les combats des artisans 011 des athlètes, on n'admet pas ceux quin’y íònt. pas reçus 6c qui ne s’y font pas préparés de même la Répu>
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