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blesse de se soumettre aux ordres de gens qu’ils avoient vaincus. Car a-près avoir combattu pour la liberté commune de la Gréce,& avoir dé-fait les Perses qui vouloient l’envahir, après les avoir forcés de retour-ner dans leur pais, ils leur livrèrent par le traité de paix fait par Antal-cidas les villes mêmes pour lesquelles ils avoient pris les armes, dans lavûë de tirer d’eux Targent dont ils avoient besoin pour se soumettre lesGrecs. Ce fut alors qu’ils sentirent en quoi leur Gouvernement étoitdéfectueux. Car tant qu’ils bornèrent leur ambition aux terres de leursvoisins & à la conquête du Péloponèse, il leur fut aisé d’avoir de laLaconie même autant de vivres & de munitions qu’ils en avoient be-soin , aiant peu de chemin à faire pour retourner chez, eux & pourcn faire voiturer des provisions : mais dès qu’ils voulurent mettre desilotes fur mer & porter la guerre avec leur infanterie hors du Pélo-ponèse, alors ils s’apperçûrent que ni leur monnoie de fer, ni l’échan-ge annuel des fruits qui avoit été établi par Lycurgue, ne fuffifoitpas, & que fans une monnoie commune «Sc des richesses étrangères,ils ne pouvoient rien entreprendre. Ce fut ce qui obligea de mandierle secours des Perses, de lever des impôts fur les Insulaires , «Sc demettre à contribution tous les Grecs ; persuadés que s’ils s’en tendentaux loix de Lycurgue, ils ne viendroient jamais à bout de subjuguerles Grecs, «Sc ne manqueroient pas d’échouer dans toutes leurs entre-prises. Mais pourquoi, dira-1-on, cette digression? Pour faire voirque le Gouvernement institué par Lycurgue se fuffifoit à lui - même,tant qu’il ne s’agissoit que de la conservation de l’Etat & de la défensede la liberté : car il faut convenir avec ceux qui louent «Sc approuventce Gouvernement, qu’il n’y en a point & qu’il n’y en a jamais eu quilui soit préférable. Mais on doit aussi tomber d’accord que si l’on am-bitionne de s'agrandir, de fe faire respecter, de commander à un peu-ple nombreux, d’avoir fous sa domination un plus grand nombre desujets, «Sc d’attirer fur foi tous les regards, on doit, dis-je, avouer quele Gouvernement est imparfait, «Sc que celui des Romains l’emporte debeaucoup pour la force «Sc la facilité d’étendre ses conquêtes. Ce quis’est passé jusqu a présent dans l’un & l’autre, prouve évidemment ceque j’avance. Les Lacédémoniens, pour avoir tenté de s’assujettir lesGrecs, ont couru risque de perdre leur propre liberté: les Romains aucontraire, aidés par la facilité qu’ils avoient, après la conquête de Ti-tane, de fe fournir de toutes sortes de munitions, fe font soumis eiïpeu de tems tout Tunivers.