LIVRE Ví. CHAP. IX. 3?
péril; cependant après avoir entendu les députés, toujours attentifsà ce qu’il leur convenoit de faire, ils tinrent bon contre leur mauvaisefortune, & rien ne leur échapa de ce que fintérêt de la Républiquedemandoit. Car volant que le dessein d’Annibal dans cette députa-tion n’étoit que de fe procurer de fargent, & d’éteindre dans fez en-nemis fardeur de combattre, en leur montrant que quoique vaincusils ne dévoient pas désespérer de leur salut; ils furent íi éloignés d’ac-corder ce qu’on leur demandoit, qssils ne fe laissèrent ébranler ni à lacompassion qu’ils portoient à leurs concitoyens, ni à la vûe des servi-ces qu’ils tireroient de ces prisonniers. Ils frustrèrent les intentions &les espérances d’Annibal, en refusant de racheter ces soldats, & firentune loi qui obligeoit ceux qui leur festoient de vaincre ou de mourir:comme n’y aiant pour les vaincus d’autre espérance de salut que celle-là. Cette résolution prise, ils renvoìérent les neuf députés, qui de bongré vouloient bien à cause de leur serment retourneràAnnibal,& aiantfait garoter celui qui avoit prétendu éluder son ferment, ils Je firent:conduire aux ennemis: de forte que ce Héros n’eut pas tant de joiod avoir vaincu les Romains, qu’il fut comme effraie de la constance &de la grandeur d’ame qui éclatoit dans leurs délibérations,