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Tome sixieme.
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LIVRE XII. C II A P. I. 14.7

grand païs ne savent ce que c’est que de cultiver la terre, ils ne viventque de la chair des bêtes, & qu’avec les bêtes. Qui ne fait qu’on y voitdes éléphans, des lions, des léopards en quantité & d’une force prodi-gieuse, des busses très-beaux, & des autruches d’une grandeur prodi-gieuse? Tous animaux dont on ne trouve aucun dans l’Europe. Timéecependant garde fur tout cela un profond silence, & semble n’avoir prisà tâche que de nous débiter des fables.

II n’est pas plus fidèle fur lTíle de Corse. Sur ce qu’il en dit dans sonsecond Livre, on diroit que tout est sauvage dans cette lfle, chèvres,moutons, beufs, cerfs, lièvres, loups, & encore d’autres animaux.Les habitans, selon lui, ne font autre métier que d’aller à la chasse deces sortes de bêtes. II est cependant certain qu’il n’y a dans fisse deCorse aucun de ces animaux qui soit sauvage, mais feulement des re-nards, des lapins & des moutons. Le lapin vu de loin ressemble a unlièvre; mais quand on le prend, on s’apperçoit qu’il n’a du lièvre nila figure ni le goût. II naît pour fordinaire fous terre. La raisonpourquoi tous les animaux paroissenflà être sauvages, c’est que com-me fisse est couverte d’arbres, & qu’elle est pleine de rochers & deprécipices , les pâtres ne peuvent pas suivre leurs bestiaux dans lespaccages. Quand ils trouvent quelque lieu propre pour les faire paî-tre, il sonnent d’une trompette, & chaque troupeau accourt au son decelle de son pâtre, sans jamais prendre f un pour f autre. Quand ondécend dans fisse, & que voiant des chèvres ou des beufs paître seuls,on veut les prendre, ces animaux qui ne font pas accoutumés à selaisser approcher, prennent d’abord la fuite. Si le pâtre sonne alorsde fa trompette, ils accourent à toutes jambes à lui. Là dessus lesétrangers les croient sauvages, & Timée, faute d’examen, s’y est trom-pé comme les autres.

A11 reste ce n’est pas une chose fort surprenante que de voir ces ani-maux dociles au son d’une trompette. En Italie ceux qui nourrissentdes porcs ne le font pas dans des pâturages séparés. 11s ne suivent pasleurs troupeaux comme on fait dans la Gréce. 11 s marchent devant,& de tems en tems sonnent d’un cornet. Les porcs suivent & courentau son de cet instrument, & chaque troupeau a tellement l’habitudede distinguer le son du cornet de celui à qui il appartient, que celaparoît incroiable à ceux à qui on en parle pour la première fois. Com-me on fait en Italie un grand usage des porcs, on en élève une gran-de quantité, (moindre cependant que dans l’ancienne Italie chez lesEtrusques & les Gaulois;) de forte qu’une truie feule en nourrit mille,& quelquefois davantage. On les conduit hors des étables, les mâlesséparés des femelles ou distingués selon leur âge. Mais plusieurs trou-peaux se trouvent assemblés dans le même lieu, comme il n’est paspossible de les garder en particulier, & qu’ils se confondent ensem-

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