LIVRE XIII. CHAP. IV. t6í
ne trouvassent aucun lieu sûr, aucune retraite assurée. Les uns étoientmassacrés dans les chemins par íès émissaires, il ne rappelloit les au-tres d’exil que pour les faire mourir. Enfin dans les villes où quelques-uns d’eux demeuroient, il faifoit louer des maiíons voisines des leurspar des personnes non suspectes, & y envoioioit des Candiots, qui parles ouvertures qu’ils faisoient aux murs & par les fenêtres les perçoientde traits, soit qn’ils fussent debout ou couchés: il n’y avoit ni lieu nirems où les pauvres Lacédémoniens fussent en sûreté, & la plûpartd’entre eux périrent misérablement.
Outre cela il inventa une machine, fi on peut l’appeller de ce nomìqui représentoit une femme revêtue d’habits magnifiques, & qui ref-sembloit tout^à-fait k la sienne. Toutes les fois qu’il'faisoit venir quel-qu’un pour en tirer de l’argent, d’abord il lui parloit avec beaucoupde douceur & d’honnêteté du péril dont le Païs & Sparte en particulierétoit menacée par les Achéens, du nombre des étrangers qu’il étoitobligé d’entretenir pour la sûreté de l’Etat, des dépenses qu’il faifoitpour le culte des Dieux & pour le bien commun. Si on se laissoit tou-cher par ces discours, il n’alloit pas plus loin, c’étoit tout ce qu’il íèproposoit. Mais quand quelqu’un refusoit de se rendre & se défendoitde donner, il disoit, F eut-être rìai-je pas le talent de mus persua-der , mais je pense qu'Jpega mus persuadera. Apega étoit le nom desa femme. A peine avoit-il fini ces paroles que la machine paroissoit.Nabis la prenant par la main la levoitdefa chaise, puis passoit à sonhomme , l’embrassoit, le serroit entre ses bras & l’amenoit bientôtcontre la poitrine de la statue, dont les bras, les mains & le seinétoient hérissés de gros doux cachés fous les habits; lui appuiantensuite les mains fur le dos de la femme, & l’attirant par je nesçaiquels ressorts il le serroit contre le sein de la prétendue Apega, & l’o-bligeoit par ce supplice de dire tout ce qu’il vouloit. II fit périr de cet-te maniéré quantité de ceux dont il n’avoit pû extorquer autrementce qu’il demandoit.
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Tome VI.
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