LIVRE XVI. C II A P. II. 2 --
de quantité de monde en un seul jour. II èh é'toit pénétré de douleur,6c il avçit bien rabattu de sa première vivacité. Cependant.au dehorsil faisoit tout ce qu’il pouvoit pour cacher sa honte & son chagrin. Maiscomment auroit-il pû cacher fa défaite? Outre ce qui s’étoit passé pen-dant faction, Tétât de son armée après cette bataille faisoit horreur.Tout le trajet de mer, où le combat s’étoit donné, étoit teint de sang6c couvert de corps morts, d’armes 6c de débris de vaisseaux, 6c lesjours fui van s on voioit de toutes ces choies un mélange affreux fur lesrivages voisins. Ce n’étoit pas Philippe seul qui en étoit frappé, tousles Macédoniens en étoient dans une confusion extrême. Théophilis-que, le lendemain de cette bataille, en écrivit le succès à fa patrie, miten fa place k la tête des troupes Gléonée, 6c mourut ce même jour deses blessures. II s’étoit extrêmement signalé dans cette action, 6c ilne peut être trop loué d’avoir engagé Attalus 6c les Rhodiens à l’en-treprendre. Sans lui, Philippe étoit tellement redouté, que tous lesautres auroient laissé échapper cette occasion de le défaire. Ce fut luiqui commença la guerre, qui obligea íà patrie de prendre les armescontre les Macédoniens, 6c qui força le Roi de Pergame d’agir vigou-reusement, sans différer 6c fans perdre le tems en préparatifs. Aprèsfa mort, les Rhodiens par reconnoissance lui décernèrent des honneurssi grands, qu’ils étoient capables d’inspirer, non seulement k ceux quivivoient alors, mais encore aux siécles à venir, une vive ardeur de serendre utiles k leur patrie.
CHAPITRE II.
Raison pourquoi plujìeurs abandonnent leurs entreprises.
S I l'on cherche pourquoi l’on quitte un dessein où l’on sembloit êtreentré avec beaucoup de vivacité, il est aisé de répondre qu’il n’ya point d’autre cause de ce changement, que la nature même des cho-ses qu’on vouloit entreprendre. En regardant de loin l’objet de nosdésirs nous ne nous appercevons pas que ce que nous souhaitons est audessus de nos forces. L’utilité que nous espérons en tirer nous cachela difficulté de l’aquérir. La passion d’y parvenir nous aveugle 6c noustrouble l’efprit. Mais quand il s’agit de l’exécution, on est arrêté parles obstacles invincibles qui se présentent, on ne sçait plus quelles me-sures on doit prendre, on s'embarasse dans ses idées, & l’on abandon-ne l’entreprise.
Tome VI.
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C.H A-