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Tome sixieme.
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4io EXEMPLES DE VERTUSarmée, il se présenta une difficulté qui parut d’abord insupportable.Pendant une si longue route, à travers un nombre infini de Barbaresdurs & féroces,où prendre des vivres & les autres munitions nécessai-res? Cette difficulté se propose plusieurs fois dans le Conseil du Géné-rai: enfin Annibal, surnommé Monomaque, dit qu’il ne voioit qu’u-ne voie pour entrer en Italie. Le Général lui ordonne de s’explì-quer; c’est, reprit Monomaque, d’apprendre atix troupes & de lesaccoutumer à íè nourrir de chair humaine. On convint alï’ez que cetexpédient levoit tous les obstacles; mais jamais Annibal ne put gagnerfur lui ni fur ses autres Officiers d’en faire fessai. C’est ce Monomaque,dit-on, qui est auteur de ce qui s’est sait de cruel en Italie, & dont oncharge Annibal. Les circonstances n’en font pas moins la cause que lesconseils.

II me paroît encore avoir été fort avare, «Sc avoir eu entre ses consi-dérés un Magon, Préfet chez les Brutiens, qui l’étoit au suprême de-gré. Je sai cela Mes Carthaginois mêmes, car fur les mœurs les habi-tans d’un païs se connoissent parfaitement les uns les autres. ' |e leíai encdre plus exactement de Massmissa, qui me citoit plusieurs exem-ples de 1Yvarice non seulement des Carthaginois en général, mais en-core de celle d'Annibal & de ce Magon en particulier. 11 me di-soit que ces deux hommes avoient commandé ensemble dès le premiertems où ils avoient été capables de porter les armes ; qu’en Espagne &en Italie ils avoient pris plusieurs places, les unes d’aslàut, les autresà composition; mais que jamais ils ne s’étoient trouvés ensemble dansla même action, que les ennemis n’auroient pas tant pris de foin déles séparer qu’ils en prenoient eux-mêmes pour ne pas être ensemble àia prise d’une ville, de peur que l’émulation qui étoit entre eux necausât quelque dissension dans les opérations du siège ou dans le partaged u butin.

Que les conseils des amis, & encore plus les conjonctures, aientsouvent changé Annibal, on l’á deja vû dans ce que nous avons dit,«Sc l’on le verra encore dans ce qu’il nous reste à dire. Dès que les Ro-mains se surent rendus maîtres de Capouë, les autres villes comme ensuspens ne cherhérent plus que l’occaíion & des prétextes de íe donneraux Romains. O 11 conçoit bien quelle dut être alors ^inquiétuded’Annibal. Se poster dans un lieu en pais ennemi, & de ia garderdes villes sort éloignées les unes des autres, pendant qu’il est lui-mêmeenvironné des légions Romaines, cela n’étoit pas possible. D’un autrecôté s’il eut partagé ses forces, ne pouvant ni rien faire avec ce qu’ils’en seroit réservé, ni porter du secours à ce qu’il en auroit détaché, ilcouroit un péril évident de tomber en la puissance de ses ennemis.11 étoit donc obligé d’abandonner entièrement certaines villes, «S cd’en évacuer d’autrcs, de peur que les habitans changeant de maîtres