6 SUPPLEAIENT A L’HISTOIRE
pour agir selon les réglés de cette prudence, il faut connoître que lesmoyens que nous employons lòn t proportionnés à la fin. Où est-ceque cela nous mene?
Tel qui a donné une bataille dans un Païs de plaine, se trouve em-harassé dans un terrain inégal, il lest encore plus dans un païs fourré,il en donnera cinquante toutes différentes les unes des autres par les dif-férentes situations des lieux, qui ne se ressemblent jamais. Souvent lesdeux champs de bataille différent Tu n de Tautre; ce qui n’eíl pas.unpetit emharas entre deux Généraux, «Sc soit qu’on attaque, on qu’onsoit attaqué, il y a mille changemens, mille mouvemens à faire, tròs-dangereux, & très-délicats, loir dans le commencement, ou dans lesfuites d’un combat, fans compter le fort ou le foible d’une arme furl’autre, qui peut être mis en considération; c’est-à-dire, le plus, oule moins de Cavalerie, ou d’ínfanterie, le bon ou l.e mauvais de Tu-ne, & de Tautre. Comment tirer de Texpérience ce que Ton n’a ja-mais vû, ni pratiqué, «Sc les autres choies qui n’en dépendent pas ?
A toute heure, à tout moment on se voit prêt à marcher, «Sc prêt àcombattre d’une nouvelle maniéré à mesure qifon avance, ou qu’onrétrogradé. Un folié, une baye, un ravin, un ruisseau, un marais,un village, une maison, un mouvement de TEnnemí, vrai, ou simulé,une faute, la moindre inadvertance, enfin un rien change tout. 11 ya plus encore, il faut connoître la maniéré de combattre de TEnnemi,autant que Tefprit «Sc Thumeur du Général que Ton a en tête ; parcsque les méthodes font différentes comme les esprits, «Sc souvent les dé-fauts dans les mœurs, «Sc certaines foiblesses dans un Chef, peuventservir à son antagoniste. 11 faut donc qifun habile Général mette tou-tes ces choses à profit, comme faifoit Annibal, & fe réglé là-dessus:encore une fois, faut - il attendre que Texpérience vienne à notre se-cours ? Si elle y vient ce ne fera qu’après Tévenement bon, ou mau-_vais.
Je vais plus loin, car il faut couler k fond cette matière, puisque jem’y suis embarqué. 11 arrive souvent que les sautes les plus grostieresd’un Chef mal-habile vous embaraffent plus q’une conduite régulière.Un Général feulement expérimenté, rempli de cette foule de réglés «Scde maximes, qui íè combattent toutes, s’jmagine qu’en faisant un telmouvement, TEnnemi ne fauroit s’empêcher d’y répondre par un au-tre tiré de ces réglés, «Sc de ces maximes. 11 íé fie là-dessus; cepen-dant TEnnemi ne le fait pas, & le voilà déconcerté, «Sc Tautre quoi-que plus ignorant à tous égards, se trouve victorieux avec tous les ta-lens naturels pour se faire battre. 11 est vrai que pendant qu’on Tcleve,*qu’on le couronne, «Sc qu’il passe pour un grand Capitaine dans Tefpritde la multitude qui croit prudence ce qui n’eít qu’un effet du hazard,les Experts s’en mocquent à T Armée : au heu qu’ils louent le vaincu