68 SUPPLEMENT A L’ H I S T O I R E
Ahmï'i ne autre * P^ut-on recourir à Pínfanterie, dit Moncecuculi, lorsque k
chap.'e. Cavalerie s’en trouve si tort éloignée?
L’en'nemi ne trouvera pas moins k qui parler à son Infanterie, quicombattant avec des armes inégales, se verra tout étonnée d’avoir àfaire à la Cavalerie Sc k l’infanterie soutenues Tune par l’autre. S’il secontente de faire grand feu à la Hollandoiíë, par le moyen de ses pé-lotons, on le rendra bien tôt inutile, ce feu, en les joignant & les a-bordant promptement. 11 n’y a pas, ce me semble, de meilleur ex-pédient pour le rendre sans effet, nous savons oublié cet expédient,il faut qu’on l'avouë. Ce feu si redoutable de l’Insanterie Hollandoiíëqui est très-bonne Sc mieux disciplinée qu’aucune autre, me fait souve-nir d’un passage de Tacite qui fait à merveille à ce que je viens de dire.Les Sarmates faifoient la guerre aux Parthes: ceux ci ayant une gran-de expérience dans fart de tirer des flèches Sc un grand avantage furleurs ennemis, qui n’étoient pas si bien dreílés: les Sarmates ne trou-vèrent pas de meilleur moyen pour les rendre inutiles, que celui quivient naturellement dans sesprit pour peu qu’on en ait ; s 1 encourageanteux-même s , dit l’Auteur, seìon la coûtume du pais , ils Je disoient l'un à
Taci 1 . 1 . 6 . p au t re , (ju'ìl J'alloìt aller droit aux Parthes P épée à la main , pour leurôter P avantage dc leurs flèches ; fans plus délibérer ils coururent fur
Penncmi qu'iìs mirent en fuite. En coûte-t-il davantage d’aller sur lesnôtres la bayonnette au bout du fusil, Sc piques baissées. Un Généralhabile & profond dans la Tactique, fait la guerre comme il veut; unignorant comme il filait à la fortune. L’un tourne tout à son avanta-ge, il ne laisse rien échaper. L’étude & l’aplication lui ouvrent milleressources Sc mille moyens, qui fupîéent non seulement au défaut duchamp de bataille, mais encore à la foiblesse de ses troupes Sc â la su-périorité de l’ennemi. L’autre qui manque de cette expérience éclai-rée par l’étude, ne volt aucun remede dans un terrain qui ne lui est pasfavorable. 11 ne fait où il en est, ni ce qu’il doit faire, parce que ledoute & l’incertitude naissent de V ignorance. Inexpérience & la va-leur que je lui accorde rassureront ; mais l’une Sc l’autre ne nous con-duisent pas dans ce qui dépend de la science : au contraire elles ne 1èr-vent qu'k notre ruine, parce qu’elles produisent la présomption & la té-mérité, & nous empêchent de réfléchir fur les dangers qu’on doit évi-ter , Sc d’écouter les conseils des gens sages.
Le coup d’œil est un don de Dieu & ne s’acquiert pas; mais si cettescience ne le perfectionne., on ne volt les choses qu’imparfaitement &dans le nuage, ce qui ne suffit pas dans les affaires où il importe si fort d’a-voir l’œil serein. La lenteur du coup d’œil est dangereuse dans une af-faire embarquée. II faut que la réfléxion qui naît de la vûé de l’objetsoit tout aussi-tôt suivie de sexécution , & que celle-ci aille aussi vîte
que