158 Memoires pour ſervirhommes, c'ëtoit une haute opinion de ſa capaci-
te. II s'eſtimoit plus qu aucun autre homme qui
fut au monde,& il ne faiſoit point difficult de ſeloũer lui mẽme, ſupoſant que ſon merite etoit ſigrand qu'il n'avoit point beſoin du ſecours de lamodeſtie. Il avoit accoutumè de dire avec con-Hance à ſes plus familiers amis que quand la forcelui manqueroit, il avoit toujours de reſerve uneruſe capable de renyerſer tous les deſſeins de ceuxqui voudroient lui nuire. Mais ce n' etoit pas ſeule-lement en artifice qu'il pretendoit J empotter ſur lereſte des hommes, il n'y avoit point de qualitèseminentes, ni de vertus lans en excepter celles quietoient les plus opoſces à ſon tempetament, quiilne ſi piquat de poſſeder au ſupreme degre. Il diſoità Dom Louis quille prioit d tre aſſcurè que biengue ſon temperament flit devens tout Frangoie, ſepar d' autres raiſons le Roi n avoit en Interòt devoir bien tot fiuirla negotiation ilſestentoit aſſexæert pour lui offin meme de ladrantage dans uscombat de pat ience. Mais pour mieux connoitreeſtime qu il faiſoĩt de lui meme il faut lire toutesſes lettres que l ona imprimèes& que j ay deja ci-tees tant de fois. Il ne faut pas douter qu ellesn'ayent etẽ rigoureuſement chatices avant que d'a-voir ete miſes en lumiere, mais avec tout cela onma pü empécher que l'eſprit& le genie qui lesavoit dictèes n'y paroiſſe par tout. II y donne àtous moments quelque atteinte à Pom Louis, juſ-ques à dire qu'il lui fait pitiè& ne laiſſe paſſer au-cune occaſion de s enſencer lui mẽme. Le Stilefamilier ſur tout dont il ècrit au Roi& la Reineſurprend tous ceux qui lesliſent& Bon ne ſgau-rolt voir ſans quelque étonnement, qu'au liende recommander au Roi la lecture de quelqueAutheur aprouvé; il ſe propoſe lui meme pour mo-dele à imiter,& les leittes pour ſuſfiſante etude dePolitique. 5
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