ï §4 ÉLOGE
Arrêtons-nous maintenant sur celuià qui ce foible genre humain a eu
Sciences, il doit être permis de faire des vœux pourqu’on applique enfin cet esprit à la Législation & a uGouvernement des États. L’Art de procurer aux So-ciétés la plus grande somme de bonheur possible, estune des branches de Philosophie des plus intéressan-tes; & peut-être dans toute l’Europe est-elle moinsavancée que n’étoit la Physique, à la naissance dsDescartes. II y a des préjugés non moins puissantsà renverser. 11 y a d’anciens systèmes à détruire. IIy a des opinions & des coutumes funestes, & quîn’ont cessé de paroître telles que par l’empire del'habitude. Les hommes réfléchissent si peu , qu’immal qui se fait depuis cent ans, leur parojt presqueun bien. Ce seroit une grande entreprise d’appliquerle doute de Descartes à ces objets, de les examinerpiece à piece , comme il examina toutes ses idées,de faire une revue générale des Coutumes, des^Usa-ges & desLoix, comme il fit la revue des systèmes 2& de ne juger de tout que d’après sa grande maximede l 'évidence. Cette entreprise seroit bien digne d’unGouvernement sage , & qui voudroit rendre leshommes heureux : mais, seroit-il permis de se flatterdu succès? Les idées, une fois établies, ne sont-ellespas trop en possession de gouverner les hommes?Que de difficultés pour secouer un usage même in-différent î On dfroit que les âmes sont sujettes à cetteloi d’inertie qui retient éternellement les corps dansTétât où ils se trouvent , si une force étrangère nefait cesser leur mouvement qu leur repos,