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VOYAGE
surtout, ces brisures du sol sont si droites, si nettes,qu’elles laissent, pour ainsi dire, au milieu de largesravins, des espèces d’îles inaccessibles. Mais qui pour-rait peindre les horizons bizarres, tourmentés, ca-pricieux qui en résultent? Des montagnes en table,figurant par la brusque coupée qui les termine unemuraille en ruines, des pâtés arrondis en forme dedômes, des pics droits, inclinés, renversés, aussipointus que des clochers; des basaltes se développantcomme des orgues grandioses. A voir la manièredont toutes ces saillies se pénètrent, se heurtent, s’es-caladent les unes les autres, on les prendrait pourl’ouvrage interrompu des Titans. Dans l’éloignement,elles se fondent avec les nuages et le ciel dans uneharmonie plus imitative encore : on en a un magni-fique spectacle quand, de la haute chaîne du Lamal-hou, on contemple la pente septentrionale du plateau;si c’est à l’heure surtout où la chute du jour répandune lueur douteuse sur l’horizon, on jurerait avoir de-vant soi une mer orageuse.
Un résultat intéressant de cette nature particulièredu sol en Abyssinie est de donner lieu, suivant leshauteurs, à différentes températures et à divers cli-mats : de là une grande variété dans les productions.Les Abyssins partagent leur pays en Dega^ hautesterres, Kolla, basses terres, et Ouaïna Dega, terres demoyenne élévation, divisions qui en représentent assezbien les caractères tranchés. Les Dega sont comprisesentre 2 600 et 3 600 mètres d’élévation absolue; les