Band 
Tome premier.
Seite
212
JPEG-Download
 

212

VOYAGE

Je crus remarquer que son moral était surtout affecté,et la maison il se trouvait nétait pas propre à lerelever, quoiquelle pût passer pour belle en Abyssi-nie : cétait un vrai tombeau. Le jour ny pénétrait quepar la porte ; un exhaussement en terre argileuse for-mait lemplacement du lit, et un trou dans le sol celuide la cheminée. Dès le lendemain, je lui fis préparer unlit au grand air pour ly transporter. En le voyantau jour, il me fit leffet dun spectre, tant les ra-vages de cette terrible maladie avaient été profonds.Je lui pris la main, que je pressai en silence, et nousrestâmes longtemps sans prononcer une parole. Jat-tendis quil me questionnât : il avait besoin de seraviver aux souvenirs de la famille et de la patrie, etjétais heureux de lui répondre par de bonnes nou-velles; car, en effet, javais laissé bien portants tousceux quil affectionnait.

Je restai huit jours auprès du malade, et je crusremarquer que ma présence avait causé dans son étatune révolution favorable; car, depuis six mois quedurait cette cruelle convalescence, elle navait jamaismanifesté une amélioration aussi sensible. Ce nest pasque Petit ait manqué de soins empressés; cest aucontraire ici le lieu de rendre un juste tribut délogesau dévouement des Européens qui se trouvaient alorsen Abyssinie, notamment à M. Rouget, compagnonde MM. Féret et Galinier, qui ne cessa de prodiguerà Petit les soins les plus affectueux. Pareille louangefut méritée par nos serviteurs abyssins : dans cettegrande débâcle qui a suivi la malheureuse expé-