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VOYAGE
Je crus remarquer que son moral était surtout affecté,et la maison où il se trouvait n’était pas propre à lerelever, quoiqu’elle pût passer pour belle en Abyssi-nie : c’était un vrai tombeau. Le jour n’y pénétrait quepar la porte ; un exhaussement en terre argileuse for- ’mait l’emplacement du lit, et un trou dans le sol celuide la cheminée. Dès le lendemain, je lui fis préparer unlit au grand air pour l’y transporter. En le voyantau jour, il me fit l’effet d’un spectre, tant les ra-vages de cette terrible maladie avaient été profonds.Je lui pris la main, que je pressai en silence, et nousrestâmes longtemps sans prononcer une parole. J’at-tendis qu’il me questionnât : il avait besoin de seraviver aux souvenirs de la famille et de la patrie, etj’étais heureux de lui répondre par de bonnes nou-velles; car, en effet, j’avais laissé bien portants tousceux qu’il affectionnait.
Je restai huit jours auprès du malade, et je crusremarquer que ma présence avait causé dans son étatune révolution favorable; car, depuis six mois quedurait cette cruelle convalescence, elle n’avait jamaismanifesté une amélioration aussi sensible. Ce n’est pasque Petit ait manqué de soins empressés; c’est aucontraire ici le lieu de rendre un juste tribut d’élogesau dévouement des Européens qui se trouvaient alorsen Abyssinie, notamment à M. Rouget, compagnonde MM. Féret et Galinier, qui ne cessa de prodiguerà Petit les soins les plus affectueux. Pareille louangefut méritée par nos serviteurs abyssins : dans cettegrande débâcle qui a suivi la malheureuse expé-