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VOYAGE
ses droits, les animait d’une pointe de critique. Pourlaquelle des diverses opinions touchant les natures duChrist, l’évêque se prononcera-t-il ? sera-t-il tolérant,persécuteur ou réformateur ? Telles sont les questionsque se posent à l’avance ces pieux théologiens, et déjàchacun prépare une controverse, sans doute dans l’in-tention de s’éclaircir sur les sentiments de son pa-triarche , mais en réalité pour l’embarrasser s’il lepeut.
Oubié , pour d’autres motifs, n’attendait pas moinsimpatiemment l’arrivée de ce personnage. Aussitôtqu’il en reçoit l’avis officiel, il quitte le camp d’Ad-digrate, gagne l’Haramat, où il lève une contribution,et se dispose à venir à Adoua. De là il envoie des or-dres pour que l’aboune soit accueilli partout sur sonpassage avec les respects dus à son rang et à son ca-ractère. Le Dedjas Chéto lui-même, le fils du prince,doit le recevoir à la frontière. Les relais sont organisésainsi que les stations, et fournis de provisions detoutes sortes ; une mule magnifique tirée des écuriesroyales est destinée à l’aboune ; d’autres mules sontpréparées pour toutes les personnes de sa suite ; enfinle luxe abyssin convoque pour cette réception l’arrière-ban de ses magnificences.
Ces démonstrations, si d’autres circonstances nefussent venues les corroborer, auraient suffi pour fairepressentir les desseins d’Oubié; mais déjà le chef duSemiène, ordinairement si discret, si dissimulé même,ne prend plus la peine de les cacher; il annonce touthaut le projet de marcher sur Gondar, d’en chasser le