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VOYAGE
Cependant il vint le lendemain matin nous prévenirqu’il ne pouvait laisser passer aucun étranger à la fron-tière sans un ordre du roi; mais que, si nous voulionsrédiger une demande, il la ferait partir le jour mêmepour Angolola, résidence de Sa Majesté. Nous nous hâ-tâmes d’obéir à cette formalité, et le clioum désigna unhomme de corvée pour la porter jusqu’à la frontièredu district, où un autre courrier devait la prendre, etainsi, de district en district, jusqu’à Angolola. Ces hom-mes de poste, voyageant pour le service du roi, n’ontd’autre solde que la satisfaction d’être agréables à SaMajesté, ce qui, le plus souvent, est une solde né-gative , à en juger par la triste mine que nous fit leporteur de notre lettre. Nous lûmes dans ses yeux ledésir de nous être nuisible; c’est pourquoi nous fîmesétalage devant lui de nos sacs à collections, et de toutce qui pouvait nous donner l’apparence de gens riches ;prévoyant bien qu’il ne manquerait pas d’en répandrela nouvelle, qui, en passant par les pays intermédiaires,arriverait encore grossie aux oreilles de la cour. Nousn’en aurions que plus de chances d’admission; SaheléSallassé ne nous en accueillerait que mieux, ne fût-ceque dans la charitable intention d’alléger nos bagages,et de nous congédier aussitôt après, comme il l’avaitfait des Anglais . Nous ne risquions qu’une seule choseà ce jeu; c’était de nous attirer l’animadversion dupeuple, si tant est qu’il y ait un peuple dans le Choa.
Mais nous courions aussi le risque que les choums dedistricts n’interceptassent notre missive, trouvant plusavantageux de nous dévaliser de leurs propres mains;