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Vous m’aviez vivement intéressé pour cet ouvrageà la Brède. Je n’en connoissois pas l’ensemble.
que la vérité, fut alarmé, en lisant l’ouvrage, des dangersqu’alloit courir la réputation de Montesquieu. Il avoit souventcombattu, de vive voix et par lettres, des opinions qu’il croyoitd’autant plus dangereuses qu’elles alloieut être consacrées enmaximes politiques par un des plus beaux génies de la France,et dans un livre étincelant d’esprit et rempli des plus grandesvérités. Sa modestie naturelle et son admiration pour l’auteurdes Lettres persanes le mettant en détiance de son propre juge-ment , il pria Montesquieu de permettre qu’il communiquâtson manuscrit à un ami commun, M. Saurin , auteur deSpartacus, esprit solide et profond, que tous deux estimoientcomme l'homme le plus vrai et le juge le plus impartial. Saurinfut du même avis qu’Helvétius. Ouand l’ouvrage eut paru, etqu’ils en virent le prodigieux succès , sans changer d’opinion ,ils se turent en respectant celle du public et la gloire de leur ami.
Il convenoit d’imiter leur silence, tant que les erreurs duprésident de Montesquieu n’étoient dans son livre qu’en théorie:mais aujourd’hui qu’elles viennent à l'appui de grands préjugés,et que les passions particulières les érigent en principes prati-ques, il est important de les discuter, et de mettre sous lesyeux du public les jugements que les amis de Montesquieuadressoient à lui-même. L’amitié pour les grands hommes aprèsleur mort iroit trop loin si elle s’étendoit jusqu’à respecter leserreurs qu’ils auroient eux-mêmes désavouées, s’ils en avoicntreconnu les dangers. On ne croit donc plus trahir les intentionsde M. Helvétius, en publiant quelques-unes de ses lettres àMontesquieu. Elles ont paru utiles dans les circonstancesactuelles.