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Tome premier.
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en Angleterre , par le grand mobile des actionsdes hommes, en un mot, par l’argent ? Ce ne sontpas , répondit Law , des génies aussi ardens etaussi généreux que mes compatriotes ; mais ils sontbeaucoup plus incorruptibles. Nous ajouterons,sans aucun préjugé de vanité nationale , qu uncorps libre pour quelques instans doit mieux ré-sister à la corruption que celui qui l’est toujours lS :le premier, en vendant sa liberté, la perd; le se-cond ne fait , pour ainsi dire, que la prêter, etl’exerce même en l’engageant. Ainsi les circons-tances et la nature du gouvernement font les viceset les vertus des nations.

Un autre personnage non moins fameux, queM. de Montesquieu vit encore plus souvent àVenise , fut le comte de Bonneval. Cet hommesi connu par ses aventures qui n’étoient pas en-core à leur terme, et flatté de converser avec unjuge digne de l’entendre , lui faisoit avec plaisirle détail singulier de sa vie, le récit des actionsmilitaires où il s’étoit trouvé , le portrait desgénéraux et des ministres qu’il avoit connus. M.de Montesquieu se rappeloit souvent ces conver-sations , et en racontait différens traits à ses amis.

Il alla de Venise à Rome. Dans cette anciennecapitale du monde , qui l’est encore à certainségards, il s’appliqua sur-tout à examiner ce quila distingue aujourd’hui le plus ; les ouvrages desRaphaël, des Titien et des Michel-Ange. Il n’avoitpoint fait une étude particulière des beaux arts ;mais l’expression dont brillent les chefs-d’oeuvre