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Tome premier.
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110
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110 DE l’ ESPRIT DES LOIS,

cela, on pourrait ignorer si le peuple a parlé, ouseulement une partie du peuple. A Lacédémone,il falloit dix mille citoyens. A Rome, née dansla petitesse pour aller à la grandeur ; à Rome,laite pour éprouver toutes les vicissitudes de lafortune; à Rome, qui avoit tantôt presque tousses citoyens hors de ses murailles, tantôt toutel’Italie et une partie de la terre dans ses murailles,on n’avoit point fixé ce nombre 3 ; et ce fut unedes grandes causes de sa ruine.

O

Le peuple qui a la souveraine puissance, doitfaire par lui-même tout ce qu’il peut bien faire;et ce qu’il ne peut pas bien faire, il faut qu’il lefasse par ses ministres.

Ses ministres ne sont point à lui, s’il ne lesnomme : c’est donc une maxime fondamentalede ce gouvernement , que le peuple nomme sesministres , c’est-à-dire ses magistrats.

Il a besoin, comme les monarques, et mêmeplus qu’eux, d’être conduit par un conseil ousénat. Mais, pour qu’il y ait confiance, il fautqu’il en élise les membres ; soit qu’il les choisisselui-même, comme à Athènes, ou par quelquemagistrat qu’il a établi pour les élire, comme celase pratiquoit à Rome dans quelques occasions.

Le peuple est admirable pour choisir ceux àqui il doit confier quelque partie de son autorité.Il n’a à se déterminer que par des choses qu’il nepeut ignorer, et des faits qui tombent sous les

a Voyez les Considérations sur les causes de la grandeurdes Romains et de leur décadence, ch. IX.