33a
DE L’ESPRIT DES LOIS,
faisoit des pertes nécessaires qui dévoient êtreréparées.
Le parti d’Hannon vouloit qu’on livrât Anni-bal aux Romains a . On ne pouvoit pour lorscraindre les Romains, on craignoit donc Annibal.
On ne pouvoit croire , dit-on , les succès d’An-nibal: mais comment en douter? Les Carthaginois,répandus par toute la terre , ignoroient-ils ce quise passoit en Italie? C’est parce qu’ils ne l’ignoroientpas, qu’on ne vouloit pas envoyer de secours a An-nibal.
Hannon devint plus ferme après Trébie, aprèsTrasimène, après Cannes: ce n’est point son in-crédulité qui augmente, c’est sa crainte.
CHAPITRE. VIL
Continuation du meme sujet.
Il y a encore un inconvénient aux conquêtes faitespar les démocraties. Leur gouvernement est tou-jours odieux aux états assujettis. Il est monarchiquepar la fiction : mais, dans la vérité, il est plus durque le monarchique, comme l’expérience de tousles temps et de tous les pays l'a fait voir.
Les peuples conquis y sont dans un état triste;ils ne jouissent ni des avantages de la république,ni de ceux de la monarchie.
a Hannon vouloit livrer Annibal aux Romains, comme Catonvouloit qu’on livrât César aux Gaulois.
f