3l6 de l’esprit des lois,
d’amortissement, pour le prince ou pour les sei-gneurs, des taxes qu’ils levoient sur les Juifs, etdont ils étoient frustrés, lorsque ceux-ci embras-soient le christianisme. Dans ces temps-là, onregardoit les hommes comme des terres. Et je re-marquerai en passant combien on s’est joué decette nation, d’un siècle à l’autre. On confisquoitleurs biens, lorsqu’ils vouloient être chrétiens; etbientôt après on les fit brûler, lorsqu’ils ne vou-lurent pas l’être.
Cependant on vit le commerce sortir du seinde la vexation et du désespoir. Les Juifs, pros-crits tonr-à-tour de chaque pays, trouvèrent lemoyen de sauver leurs effets. Par-là, ils ren-dirent pour jamais leurs retraites fixes ; car telprince qui voudrait bien se défaire d’eux, ne seraitpas pour cela d’humeur à se défaire de leurargent.
Ils inventèrent les lettres-de-change a ; et,par ce moyen , le commerce put éluder la vio-lence et se maintenir par-tout; le négociant leplus riche n’ayant que des biens invisibles, quipouvoient être envoyés par-tout, et ne laissgientde trace nulle part.
lequel il étoit convenu que les Juifs de l’un ne prêteroientpointdans les terres de l’autre.
a On sait que, sous Philippe-Auguste et sans Philippc-le-Long, les Juifs, chassés de France, se réfugièrent en Lonaban-die, et que là ils donnèrent aux négociants étrangers et auxvoyageurs des lettres secrètes sur ceux à qui ils avaient confié,leurs effets en France, qui furçut acquittées.