LETTRES
a S
parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnoientà un sommeil que les soins et les chagrins n’inter-rompoient jamais.
La nature ne fournissoit pas moins à leursdésirs qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureuxla cupidité étoit étrangère ; ils se faisoient desprésents, où celui qui donnoit croyoit toujoursavoir l’avantage. Le peuple troglodyte se regardoitcomme une seule famille : les troupeaux étoientpresque toujours confondus; la seule peine qu’ons’épargnoit ordinairement, c’étoit de les partager.
D’Erzeron, le 6 de la lune deGemmadi, 2, 1711.
LETTRE XIII.
U S B JE K AU MÊME.
Je ne saurois assez te parler de la vertu des Tro-glodytes. Un d’eux disoit un jour: Mon pèredoit demain labourer son champ; je me lèveraideux heures avant lui ; et quand il ira à sonchamp, il le trouvera tout labouré.
Un autre disoit en lui-même; Il me sembleque ma soeur a du goût pour un jeune Troglo-dyte de nos parents; il faut que je parle à monpère, et que je le détermine à faire ce mariage.
On vint dire à un autre que des voleurs avoientenlevé son troupeau; J’en suis bien fâché, dit-il;