Band 
Tome cinquième.
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108
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LETTRES

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LETTRE L.

Rica a * * *.

J’ai vn des gens chez qui la verçu étoit si natu-relle, qu’elle ne se faisoitpas même sentir : ils s’at-tachoient à leur devoir sans s’y plier, et s’y por-toient comme par instinct : bien loin de releverpar leurs discours leurs rares qualités, il sembloitqu’elles n’avoient pas percé jusqu’à eux. Voilà lesgens que j’aime; non pas ces hommes vertueuxqui semblent être étonnés deletré, et qui regar-dent une bonne action comme un prodige dont lerécit doit surprendre.

Si la modestie est une vertu nécessaire à ceuxà qui le ciel a donné de grands talents, que peut-on dire de ces insectes qui osent faire paraître unorgueil qui déshonoreroit les plus grands hommes?

Je vois de tous côtés des gens qui parlent sanscesse d’eux-mêmes; leurs conversations sont unmiroir qui présente toujours leur impertinentefigure: ils vous parleront des moindres choses quileur sont arrivées, et ils veulent que l’intérêt qu’ilsy prennent les grossisse à vos yeux: ils ont tout fait,tout vu , tout dit, tout pensé: ils sont un modèleuniversel, un sujet de comparaisons inépuisable,une source d’exemples qui ne tarit jamais. Oh !que la louange est fade, lorsqu’elle réfléchit vers lelieu d’où elle part!

Il y a quelques jours qu’un homme de ce ca-ractère nous accabla pendant deux heures de lui,